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Voilà un exemple d’étude d’habitation qui aurait très bien pu ne jamais avoir lieu, car les documents ayant servi à son établissement datent d’avant 1776. En effet, ce n’est qu’à ce moment-là que le roi Louis XVI ordonne qu’une copie de chaque acte notarié passé dans les colonies soit envoyée en métropole. A quelques manques près, on a donc trace de tous les actes établis dans les études notariales (aujourd’hui conservés aux Archives Nationales d’Outre-Mer) depuis 1776. Mais pour les actes antérieurs à cette année-là, on ne peut compter que sur le facteur chance : certains notaires envoyaient parfois leurs doubles-minutes dans le royaume, et/ou les propriétaires – et leurs descendants – conservaient leurs documents propres (ce qui a été le cas pour les habitations Tiberge dont il va être question par la suite). Surtout, la plupart de ces documents restés en main privée ont été victime de la négligence des hommes ou soumis à toutes sortes de détériorations (moisissures, insectes, incendie, etc.), aléas qui peuvent conduire à des pertes irrémédiables. Au bout du compte, à propos des habitations, c’est surtout sur la seconde partie du XVIIIe siècle et sur le XIXe siècle que nous sommes renseignés ; les premiers temps, l’installation, la mise en place des domaines nous échappent en grande partie.

          Les papiers rescapés de l’outrage du temps et conservés en mains privées sont donc précieux, on ne peut que souhaiter en voir découvrir d’autres pour que la connaissance avance ; je suis convaincu que dans les greniers ou les vieilles armoires dorment encore des trésors… Voilà en tout cas un exemple retrouvé assez récemment (2008) en Gascogne ; le ton et l’organisation des actes notariés reproduits ci-après sont caractéristiques du temps où ils ont été établis, et de ce type de document. Les lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec les états des lieux auront ainsi une bonne approche de ce que l’on peut apprendre en les consultant, du regard porté par les maitres à cette époque, et des manques auxquels on reste confronté. Bonne découverte !

 

Jean-Louis DONNADIEU

 

 

 

L’héritage martiniquais d’un noble gersois au XVIIIe siècle : une part des habitations Tiberge (hauts de Fort-de-France)


par Jacques Lapart et Jean-Louis Donnadieu

[Remarque préalable : cet article est paru dans le Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Gers n° 387, premier trimestre 2008, pp. 7-27. Pour la mise en ligne sur le site de « Construire notre vivre-ensemble » ont été rajoutées les pyramides des âges – seulement indicatives, des données manquent pour avoir une vision complète – qui illustrent l’analyse des listes de la caféière et de la sucrerie. On peut aussi remarquer que l’extension urbaine de Fort-de-France va désormais jusqu’au plateau Tiberge].

De vieux papiers du XVIIIème siècle qui dormaient au château d’Ascous, près de Valence-sur-Baïse, nous offrent la bonne surprise de retrouver non seulement la destinée de Jean-Jacques d’Astugue d’Asque, seigneur de Puységu -gascon parti comme bien d’autres[1] aux îles d’Amérique-, mais encore d’exhumer de l’oubli plusieurs habitations[2] martiniquaises, notamment un domaine (sucrerie et caféière) non négligeable, dont il a hérité via son mariage avec une créole, Louise-Marguerite Tiberge Levassor. Occasion pour nous de retrouver ce passé et d’examiner ce nouveau cas de Gascon parti outre-mer.

Qui est ce Jean-Jacques d’Astugue, « baron d’Asque, seigneur de Puiségu » peut-on lire sur les documents d’époque ? Il voit le jour le 28 octobre 1739 à Ascous, un lieu-dit du bourg d’Ampeils (non loin de Valence-sur-Baïse, sur la route de Vic-Fézensac), fils de Jean d’Astugue d’Asque et de Marie-Anne de Morlan[3]. Ascous est à la fois un très petit fief mais aussi « une seigneurie médiévale » très ancienne, mentionnée dès le Moyen Age (transmise par le mariage de Marie-Anne de Morlan avec Jean d’Astugue, père de Jean-Jacques). La « paroisse » citée régulièrement dans les Pouillès est également médiévale[4]. Quant au fief de Puységu, il s’agit d’une terre minuscule située sur la commune de Beaucaire (voisine d’Ascous et de Valence).

Jean-Jacques d’Astugue est donc un noble très petitement « possessionné » mais d’ancienne extraction, ce qui à cette époque a de l’importance. Scenario bien classique, c’est au service armé du roi qu’il fait carrière. Il entre dans le métier des armes en 1758. Envoyé aux îles d’Amérique en 1761, on le retrouve lieutenant au régiment de Vexin, en garnison en Guadeloupe. Il passe ensuite en Martinique et connait une paisible vie de garnison au Fort Royal (ancien nom de Fort-de-France avant la Révolution). Fort-Royal est alors une ville secondaire de l’île, la ville de Saint-Pierre dominant largement, tant pour le négoce que pour les activités politiques, intellectuelles et mondaines. Mais, loin de s’ennuyer au Fort-Royal, il fait connaissance d’une jeune créole (= native des Amériques), dont il s’éprend…

Un mariage créole

 

Le 11 juillet 1768 est signé son contrat de mariage avec Louise-Marguerite Tiberge Levassor, « native de la paroisse Saint-Louis » de Fort-Royal. Le marié a alors 29 ans, la mariée 15.

Lui apporte « 60 000 livres argent des îles »[5], deux esclaves (Hippolyte, mentionné comme ayant le talent de « cuisinier », et Bernard) dont la valeur marchande est estimée à la somme non négligeable de 3 500 livres, ainsi qu’un cheval évalué à 600 livres. Pour sa part, la future apporte une dot de 30 000 livres à prendre sur une créance (due par une certaine Veuve Audat, « habitant au quartier de l’Acajou ») et cinq esclaves dont trois ayant une compétence : Baptiste (« couvreur »), un autre Baptiste (également « couvreur »), Pierre-Charles (« menuisier »), puis Yaya et Gabrièle, estimés tous ensemble à 11 000 livres, ainsi que 20 000 livres en monnaie sonnante et trébuchante. Soit un total de 61 000 livres.

Le père de la mariée s’appelle Antoine Tiberge Levassor, sa mère Louise Laroche. Qui sont ces Tiberge ? Le nom (Tiberge du Gleffien, filiation connue depuis le XVème siècle) vient de la région parisienne. Le premier Tiberge passé aux îles, Nicolas, s’installe en Martinique vers 1710[6] ; marié à Marie-Marguerite Gaigneron, créole du Fort-Royal, ils ont au moins neuf enfants, dont Antoine Tiberge Levassor. Celui-ci, marié à Louise Laroche, est père de cette Louise-Marguerite qui épouse notre gascon. Elle a plusieurs oncles dont les noms vont revenir quand il va s’agir de toucher au patrimoine familial : Auguste[7] Tiberge Montreuil, Claude-Nicolas-Victor Tiberge, Jean-Pierre Tiberge Fontenay et Nicolas-Lambert Tiberge[8]. Pour les Tiberge, voir une de leurs filles lier son destin au représentant d’une noble et ancienne famille gasconne a dû être flatteur.

          L’histoire aurait pu en rester là, et rien d’exceptionnel advenir. Mais à la romance sous les tropiques s’ajoute rapidement une succession d’héritages qui permet d’en découvrir un peu plus. On sait qu’Antoine Tiberge Levassor, père de Louise-Marguerite, décède avant 1770, car le 24 janvier 1770 un notaire du Fort Royal, Me Clavery, procède à l’inventaire de l’habitation qu’il possédait dans les hauts de la ville ; un an plus tard, le 18 février 1771, cette habitation fait l’objet d’un partage entre les deux héritiers, Louise-Marguerite et son frère encore mineur. Mais partage ne signifie pas coupure de l’unité de production, au contraire. Le principe fondamental aux Antilles est de maintenir l’indivision et de partager les revenus. Cette habitation va être, d’un commun accord entre les deux parties, mise aux enchères au sein de la famille. Dans ce cas précis on ignore la suite mais il y a tout lieu de croire que l’habitation est rachetée par un Tiberge.

Par ailleurs, le 28 février 1771, l’oncle de Louise-Marguerite, le sieur Jean-Pierre Tiberge Fontenay, vend une petite habitation caféière aux enchères, sans que l’on en connaisse la (ou les) raisons. Ces enchères sont remportées par un frère, Victor Tiberge. Elément non négligeable, on possède une liste d’esclaves de cette caféière. Le produit de la vente est partagé entre les époux d’Astugue et le mineur Tiberge Le Vassor, dont Jean-Pierre Tiberge Fontenay est le tuteur.

          Un an plus tard, survient une grosse affaire : le 1er février 1772, par devant Me Calvery, Jean-Jacques d’Astugue d’Asque achète à Auguste Tiberge Montreuil sa part (soit un quart) de l’habitation indivise entre les frères Tiberge. Pourquoi Auguste Tiberge Montreuil vend-il son bien ? On ne sait précisément, peut-être parce qu’il songe à passer en France et ne veut pas avoir, à distance, à s’occuper de productions tropicales… Quoi qu’il en soit, Jean-Jacques d’Astugue d’Asque rachète cette part contre 80 000 livres (10 000 livres payées de suite, le reste sous forme de rente viagère à raison de 2 000 livres annuelles). Cette habitation avait fait l’objet d’un inventaire quelque trois mois plus tôt (le 11 novembre 1771 et jours suivants), et ce évidemment dans l’intention de procéder à une nouvelle répartition de ce bien foncier. Les raisons d’une telle opération nous échappent, nous ne pouvons que constater que, le 5 octobre 1772, par devant Me Clavery, les droits des sieurs Tiberge sont liquidés via une vente aux enchères entre les intéressés. C’est Victor Tiberge qui se voit adjuger l’habitation, pour 334 550 livres. La part d’Astugue aux droits d’Auguste Tiberge Montreuil revient à 69 198 livres 15 sols 4 deniers. Revenu en métropole avec son épouse –qui découvre la Gascogne- les d’Astugue vont très certainement utiliser cet argent pour agrandir la demeure familiale d’Ascous.

La suite des événements ne nous apporte pas grand-chose. Jean-Jacques d’Astugue décède, laissant sa veuve avec une petite fille, Hélène[9]. La veuve d’Astugue d’Asque se remarie le 15 juin 1775 à Ascous avec Louis-François, vicomte de Montaut-Saint-Sivié, officier de marine et chevalier de Saint-Louis[10], dont elle a deux enfants, Augustin-Louis et Joséphine Scholastique.

Pour une raison restée inconnue, Auguste Tiberge Montreuil suit donc sa nièce, se retirant également à Ascous (accompagné d’un domestique, Paul Balthazar, probablement un « libre de couleur », c’est-à-dire un noir ou un métis libre) où il décède le 24 octobre 1776… Mais sentant sa fin venir, Auguste Tiberge Montreuil rédige un testament le 4 septembre 1775, testament passablement embrouillé qui sème le trouble par rapport à sa part de la sucrerie-caféière (acquise par les d’Astugue mais que l’on croit rétrocédée)[11]. Cela va lancer les ayants-droits (les Tiberge de Martinique, la veuve d’Asque, puis ses enfants) dans une interminable querelle judiciaire : en 1816, l’affaire n’est toujours pas résolue, et on ignore sa conclusion. Mais si elle s’apparente à une bataille de chiffonniers, cette controverse permet aux parties de rassembler quelques copies d’actes notariés, lesquelles finissent par dormir dans un grenier… pour le plus grand bénéfice de l’historien qui, deux siècles plus tard, les retrouve et tente de les exploiter.

Arrêt sur images

Les papiers décrivant les habitations martiniquaises sont assez rares : outre un volume moindre au départ (par rapport à la situation de Saint-Domingue, bien plus fournie), le climat peut les détériorer, et de nombreuses destructions ont eu lieu après l’abolition de l’esclavage de 1848 (du passé faire table…) si bien que la situation martiniquaise nous est plus mal connue que celle de Saint-Domingue souvent citée en référence. Par ailleurs, en ce qui concerne les actes notariés, ce n’est qu’en 1776 que le roi ordonne aux notaires des colonies d’envoyer le double de leurs minutes en métropole[12]. Avant cette date, fort rares sont les actes expédiés en France, et ceux conservés aux Amériques restent soumis aux éventuels outrages d’un climat humide comme aux négligences humaines… Ces papiers Tiberge retrouvés, remontant à 1771 et 1772, sont donc de précieux témoins.

Les Tiberge « tenaient sur les hauteurs de Ravine Vilaine les habitations « la Rivière Monsieur » dénommée plus tard « le Fond Doré » et « le Fond Zombi », sa voisine, toutes deux constituant ce que l’on appelle de nos jours « le plateau Tiberge » »[13]. Si les documents retrouvés ne permettent pas de repérer à coup sûr de quelle(s) propriété(s) il s’agit, on sait cependant que le caféier nécessite une certaine altitude pour croître, tandis que la canne à sucre est nécessairement proche de l’eau indispensable à son irrigation. Il n’est pas impossible que l’habitation indivise soit proche de la rivière Monsieur, les cannes en bas, les plants de café sur le morne tout proche, tandis que les deux autres petites caféières seraient situées au Fond Zombi. Un détail de la Carte de la Martinique de Moreau du Temple (1770) nous montre bien la sucrerie en question, proche de la rivière Monsieur : on remarque quelques bâtiments (d’exploitation) et les zones en vert font penser aux « pièces » (parcelles) plantées en cannes à sucre. Quoi qu’il en soit, au-delà des circonstances, le fait dominant est une progressive concentration foncière entre les mains des Tiberge les plus fortunés ou les plus entreprenants puisque sept ans plus tard, le 21 septembre 1778, le notaire Clavery procède à un nouvel inventaire du domaine, désormais aux mains de Victor Tiberge et de sa mère veuve (Louise Bougela de Bonneterre).

On trouvera en annexe l’essentiel des estimations de la petite habitation Tiberge Fontenay et l’intégralité de l’inventaire de l’habitation sucrerie et caféière indivise entre les frères Tiberge, document caractéristique de ce que l’on pouvait trouver alors dans une telle exploitation. Le plus touchant, le plus humainement significatif sont, bien sûr, les listes d’esclaves dressées à l’occasion de ces opérations. Considérés comme des biens meubles (ainsi que le Code Noir de 1685 définit l’esclave), les malheureux sont répertoriés selon leur valeur marchande. En l’absence alors d’état civil pour les esclaves, de telles listes se révèlent précieuses pour nos compatriotes ultramarins, dont les ancêtres ont connu la condition servile, et qui voudraient remonter autant que possible leur filiation avant l’abolition de 1848… On ne peut que regretter de ne pas avoir trouvé de journaux de travaux, ni de comptes d’exploitation, ni encore de lettres de gérant, ces manques nous maintenant dans l’ignorance de l’évolution de ces domaines dans le temps, tant en ce qui concerne les volumes produits que pour la vie quotidienne et les relations humaines qui s’y tissaient.

L’historien, ne pouvant écrire que l’histoire qu’il peut avec les documents qu’il a, doit donc se borner, faute de mieux, à dresser une sorte « d’arrêt sur image » sur ces habitations, avec suffisamment de détails cependant pour en tirer quelques enseignements.

L’habitation Tiberge Levassor

Pour ce petit domaine on ne possède qu’un inventaire chiffré, mentionné dans un document du 18 février 1771 concernant le partage de cette habitation entre les frère et sœur héritiers. La valeur totale est estimée à 60 877 livres, ce qui est peu, les esclaves à eux seuls représentant 42 750 livres (soit un peu plus des deux tiers de l’ensemble). Le fond de terre (réserve foncière) représente 5 600 livres (la faiblesse de la somme viendrait-elle d’une piètre qualité de la terre ?), les bâtiments d’exploitation 6 160 livres, et le reste se répartit entre les plantations, le cheptel animal et quelques meubles. Il s’agit manifestement d’une petite exploitation, avec un atelier peut-être de l’ordre d’une trentaine d’individus. On a affaire à une petite production, très probablement de café.

L’habitation Tiberge Fontenay

Cette habitation caféière contient 14 carrés[14], occupés pour partie en café, pour partie en savane (c’est-à-dire en étendue herbeuse pour laisser paître les animaux), sans plus de détail quant à la répartition exacte. On dénombre 32 esclaves (12 femmes, 20 hommes, soit une nette surreprésentation masculine), un effectif probablement en rapport avec le travail à fournir dans la caféière. Parmi ces esclaves, on relève 8 bossales[15] clairement identifiés (4 Congo, 1 Mandingue, 1 Caplaou, 2 Fons) ; les autres semblent être tous créoles. On relève une mulâtresse et un métif[16].

En revanche, on ne sait rien des éventuelles aptitudes de ces malheureux, aucun « talent » n’étant mentionné. Leur âge est relativement jeune, l’essentiel ayant moins de 35 ans (seuls 4 individus sur 32 ont plus de 35 ans). On peut affiner la répartition : jusqu’à 10 ans : 8 individus ; de 11 à 20 ans : 7 ; de 21 à 30 ans : 7 ; de 31 à 40 ans : 5 ; de 41 à 50 ans : 3 ; au-delà : 1). S’agit-il d’un atelier en cours de constitution ? Y a-t-il eu achat groupé de jeunes éléments ? On ne sait. Les prénoms sont très classiques. On relève un homme qui a la singularité de posséder aussi un patronyme : Fabre, nom typique du midi de la France. S’agirait-il d’un mulâtre dont le père blanc serait nommé Fabre ? Le document n’en dit rien. On ne sait rien non plus sur l’état sanitaire, sur l’éventuel marronnage (évasion d’esclaves), ni sur la vie quotidienne sur ce petit domaine.

          A cet inventaire il faut rajouter 20 bêtes à cornes ainsi qu’un troupeau de moutons à l’effectif non indiqué.

Description de l’habitation indivise de quatre frères Tiberge

A première vue, il apparait que cette habitation sucrerie-caféière est de taille encore modeste et ne fonctionne pas au plus haut de son potentiel. L’estimation effectuée par Me Clavery les 11, 12 et 13 novembre 1771 nous donne une valeur générale de 412 374 livres, dont la répartition est la suivante :

– petit mobilier de la résidence des maîtres  5 995 £ (soit 1,4% du total général)

– bâtiments sucrerie                                   100 510 £ (24,3%)

– chevaux                                                  3 130 £ (0,75%)

– mulets                                                    5 800 £ (1,4%)

– bêtes à cornes                                         970 £ (0,2%)

– sucres fabriqués (en stock)                       3 450 £ (0,83%)

– esclaves                                                  106 475 £ (25,8%)

– bâtiments caféière                                   7050 £ (1,7%)

– plantations de café                                   3 650 £ (0,8%)

– pièces de cannes à sucre                           19 600 £ (4,7%)

– fonds de terre (réserve foncière)                88 300 £ (21,4%)

– annexes (chemins, maison, bois)               10 151 £ (2,4%)

– dettes passives                                         57 293 £ (13,8%)

Sans grande surprise, les pôles principaux sont, par ordre décroissant : les esclaves (25,8%), les bâtiments (et équipement) d’exploitation de la sucrerie (24,3%), la réserve foncière (21,4%), le « service de la dette » (13,8%) et les parcelles plantées en cannes (4,7%). Le reste (cheptel animal, caféière…) ne forme qu’une part limitée de l’estimation.

Superficies plantées

On a l’équivalent de 28,25 carrés, soit 36,4 ha, en cannes à sucre (grandes cannes ou rejets après une première coupe). Détail intéressant, on a quelque idée du rendement moyen (ce qui indique que le domaine est en production depuis suffisamment d’années pour faire ce constat) : « cent formes[17] par quarré, ce qui fait ensemble la quantité de quinze cents formes » pour les 15 carrés plantés en bonnes cannes (soit, à raison de 10 livres la forme, une valeur de 1 000 livres de sucre produite par carré). En volume, et rapporté à nos unités actuelles, le rendement moyen de cent formes par carré équivaut à une production oscillant entre 1 à 2 tonnes de sucre par hectare, mais on ne peut guère aller au-delà de cette constatation, car les comparaisons avec d’autres habitations restent difficiles à interpréter (cela dépend de la nature de la terre, de l’encadrement de l’atelier, etc.). Quant aux rejetons (qui repoussent après une première coupe), ils ont un rendement trois fois moindre (« estimé à trois cents livres le quarré »).

          On compte également 2 000 pieds de caféiers en pleine production –mais aussi des vieux plants sur le déclin, tenus pour négligeables, et 1400 jeunes plants.

L’ensemble est encore modeste par rapport aux grands domaines de Saint-Domingue à la même époque (où il n’est pas rare de rencontrer des habitations sucrerie ayant entre 200 et 300 ha en moyenne, dont la moitié plantée en cannes, ou des caféières possédant des milliers de pieds) ; on relève cependant une réserve de 69 carrés (89 ha) de fonds de terre : intéressant potentiel. Se dégage d’ailleurs l’impression première d’un domaine déjà bien actif et en cours de développement. On note aussi une bananeraie (probablement de banane-légume, pour la nourriture des esclaves). Mis à part cette bananeraie, il n’y a rien d’indiqué quant aux « places à vivres » (jardins collectifs pour la nourriture des esclaves) et aux « jardins-cases » (jardins privatifs des esclaves), si tant est que les Tiberge en aient eu le souci.

Les propriétaires n’ont pas de « grande case », de demeure bien distincte du reste des édifices ; ils logent à l’étage de la purgerie[18], dont l’intérieur n’a rien de luxueux, contrairement à l’image souvent véhiculée du propriétaire opulent. Etant donné ce côté spartiate, c’est à se demander si les Tiberge ne se contentent pas d’apparitions de temps à autre, laissant à un gérant appointé (et demeurant sur place, sans grand confort) le soin de veiller au quotidien à la bonne marche de l’habitation. Quant au mobilier animal, il se résume à 4 chevaux, 7 mulets, 7 bêtes à cornes (3 vaches et 4 veaux), soit un effectif modeste.

La sucrerie

On relève l’existence d’un moulin à eau pour presser les cannes (ce qui permet d’éviter d’épuiser les mulets en leur faisant actionner un tourniquet), d’une batterie de quatre chaudières (configuration classique) pour transformer le jus de canne (dit « vesou ») en un sirop de plus en plus épais, versé ensuite dans des moules (appelés « formes ») où il cristallise, et d’une étuve d’une capacité non négligeable de 500 formes pour finir de faire sécher les pains de sucre. On observe également l’existence de deux cases à bagasse[19] comme réserve de combustible et une case à farine (de manioc) servant de réserve alimentaire.

          Au moment où s’effectue l’inventaire il y a en cours de fabrication 345 formes de sucre « terré » ; on produit donc non pas du sucre brut, mais un sucre blanchi (le raffinage étant un monopole métropolitain, on blanchit le sucre brut par l’adjonction d’une terre blanche spéciale), signe du souci de faire un produit qui se vend plus cher. On ignore cependant comment évolue cette production dans le temps ; les noms des fréquentations et négociants mentionnés en fin d’inventaire ne suffisent pas à éclairer l’aspect mercantile des choses. Enfin existe aussi une « vinaigrerie » (dite aussi « guildiverie »), c’est-à-dire une distillerie de tafia, rhum obtenu à partir des mélasses résiduelles de la fabrication du sucre.

Les esclaves

Composition de l’effectif

L’atelier semble de taille correcte : 96 esclaves, un groupe qui se répartit (sauf erreur sur les prénoms…) en 43 femmes et 53 hommes (le déséquilibre entre les sexes n’est donc pas trop prononcé).

Même si on peut regretter que cet inventaire n’établisse pas de distinguo entre ceux qui travaillent à la sucrerie et ceux affectés à la caféière, cet effectif semble « confortable » par rapport à la besogne à fournir. On a a priori un ratio théorique de 3,4 esclaves par carré planté en cannes, auquel il faut déduire les esclaves de la caféière, puis encore enlever les trop jeunes enfants, les individus trop vieux et les inaptes au travail du fait notamment des maladies. Cependant, quand on sait que dans les sucreries le rapport de 2 esclaves au carré est généralement considéré comme correct, on peut considérer que l’atelier des frères Tiberge travaille dans des conditions numériquement plutôt convenables.

Les mentions permettent de relever au moins 22 créoles, en fait plus car on compte deux mulâtres (très certainement nés aussi à la Martinique) et on est en droit de supposer, parmi les 44 esclaves n’ayant pas de mention d’origine, qu’il y a aussi des natifs de l’île parmi eux. Les esclaves explicitement indiqués comme bossales sont 29, répartis en plusieurs nations, ce qui souligne une hétérogénéité certaine du groupe : 3 Minas, 3 Aradas, 8 Ibos, 4 Caplaous, 8 Congos, 2 Cap-Verts, 1 Bambara. Est-ce dû à des achats successifs, auprès de différents négriers ?

Les indications sont maigres quant aux compétences des esclaves : seuls sont mentionnés les créoles François « maçon de son métier », Alidor « tonnelier de son métier » et Narcisse « tonnelier et raffineur ». Pour les autres on ne sait rien. Certains devaient quand même posséder quelque savoir-faire, ou du moins l’apprenaient-ils… Regardons froidement l’estimation de la valeur marchande de ces hommes : Jean-Pierre, 42 ans, vaut 3 000 livres, Gilles, 34 ans, 2 800 livres, Alidor 49 ans 2 500 livres, François (le maçon) vaut 2 200 livres, Pierrot, Christophe, Joseph, Jean-François, Joachim, Augustin et Louis atteignent encore 2 000 livres… des prix qu’une constitution physique d’athlète n’explique pas à elle seule, surtout quand l’âge avance. Mais on n’a pas d’autre relevé ; par ailleurs on ignore qui est leur commandeur (sorte de chef des travaux). Quant aux femmes, force est de constater que leur valeur marchande est globalement plus faible que celle des hommes, cas de figure classique.

Les prénoms illustrent une situation sans surprise : une majorité de prénoms chrétiens ou inspirés de la Bible, quelques distorsions (Bibianne à rapprocher de Vivianne ?) ou curiosités : Mehouï, Tain, Choisi.

On observe une certaine jeunesse dans cette population servile : 26 de moins de 10 ans (les Tiberge seraient-ils des maîtres pratiquant une politique nataliste ? Cela n’était pas le cas de tous les propriétaires aux îles), et 13 jeunes esclaves ont entre 10 et 19 ans. Un potentiel prometteur, donc. La tranche sous-représentée est, curieusement, celle des 20-29 ans (6 sujets : 5 hommes, 1 femme), d’ordinaire considérée comme la plus performante, alors que l’on trouve 20 personnes dans celle des 30-39 ans ; puis nouveau « creux », seulement 4 esclaves dans la tranche 50-59 ans, et 6 esclaves qui ont franchi le cap des 60 ans (1 homme et 5 femmes). Il y a donc quelques malheureux qui arrivent à atteindre un bel âge compte tenu de l’époque et des conditions de vie. Ces chiffres sont cependant à prendre avec une certaine réserve, dans la mesure où le relevé ne donne pas d’âge pour 9 esclaves (5 hommes et 4 femmes, que l’on peut supposer jeunes cependant) et qu’il y a possibilité d’erreur, quand on lit par exemple que « Rose, créole, 13 ans » est suivie de « Pierrot son fils 11 ans ».

Etat sanitaire

Peu d’éléments nous éclairent. Deux esclaves estropiés laissent supposer des accidents probablement survenus lors de la fabrication du sucre : Eulalie qui « a deux doigts de moins à sa main droite », et Françoise « ayant la main droite coupée ». Ophtalmies et maladies d’yeux ont fait des victimes : le petit Noël, borgne à 5 ans, la vieille Rozette devenue « aveugle » et Françoise « ayant la vue courte ». Le petit Joachim semble asthmatique sévère. On n’en sait malheureusement pas plus. Rappelons simplement que les organismes, souvent fort mal nourris (rations déséquilibrées –surabondance de féculents, carences en protéines- et probablement insuffisantes) et par ailleurs soumis à un travail difficile, étaient éprouvés et donc vulnérables aux maladies et pandémies, à l’instar de Marie, Caplaou, « sujette à être malade ». Certains pouvaient vivre vieux quand même, mais le regard des maîtres –qui sont les seuls à produire les documents dont nous disposons- est d’abord et avant tout un regard intéressé porté sur des biens meubles, en fonction de leur valeur marchande… D’où, pour Rozette (aveugle) et Jeanne (60 ans) cette mention brutale : « pour mémoire » ; les malheureuses ont une valeur marchande nulle, étant donné leur état de santé et leur âge avancé, mais les maîtres ont obligation de par le Code Noir de garder les vieux esclaves et d’assurer leur entretien. Rien n’est dit sur l’hôpital de l’habitation. Rien non plus sur d’éventuels cas de marronnage.

Logement

A propos des « cases à nègres », une est indiquée de 60 pieds de long (env. 18 m), deux autres sont « toutes neuves, de bon bois, (…) palissadées de roseau, couverte de paille ». Les maîtres ont fait cette dépense, mais ne nous leurrons pas, on construisait à l’économie, en matériaux légers, et on ne sait rien de ce qu’il y avait avant…

Voici en quelques traits ce que ces vieux papiers retrouvés nous apprennent, tant sur ce d’Astugue d’Asque et sa belle-famille Tiberge, que sur les esclaves attachés aux domaines. Malheureusement la suite redevient floue. On sait seulement que, le 21 septembre 1778, Me Clavery procède à un nouvel inventaire de l’habitation mais ce document est perdu[20].

          Quoi qu’il en soit, cette « photographie » retrouvée de l’habitation Tiberge en 1771 nous replonge dans un passé sensible et nous invite aujourd’hui à la fois à une lecture humaniste de faits douloureux et à un rapprochement entre les humains. Dans ce cadre, la Gascogne et les Antilles ont bien des choses à partager.

P.S. : Les auteurs remercient Mme Jean-Pierre Sabatier (château d’Ascous) qui a très heureusement conservé ces documents et qui, avec une parfaite amabilité, a bien voulu les mettre à notre disposition pour étude, M. Louis de Marcillac pour nous avoir fort aimablement prêté le livre 209 familles subsistantes de Martinique, et Mme Monique Sainte-Rose, de la Société d’Histoire de la Martinique, pour les informations qu’elle nous a très aimablement transmises.

(encadré) : Des esclaves repérés en « nations »

Les esclaves arrivés d’Afrique (dits « bossales ») étaient classés selon leur « nation » de provenance, détermination plus ou moins approximative établie par les négriers au moment de l’achat sur les côtes africaines. A propos des habitations Tiberge, on a les nations suivantes : Aradas (Sud Bénin), Bambaras (Mali), Cap-Laous (Sud Côte d’Ivoire), Cap-Vert (pointe du Sénégal), Congo (Congo), Fons (Sud Bénin), Ibos (Sud Nigeria), Mandingues (Sud Sénégal), Mines (Sud Ghana). Les esclaves nés aux îles étaient qualifiés de « créoles ».

28 février 1771 : extrait de l’inventaire de l’habitation du sieur Tiberge Fontenay (par devant Mes Lefébure et Clavery)

Vente à Victor Tiberge, ancien officier de milice habitant ce quartier (de Fort-Royal) d’une habitation caféière de 14 carrés de terre partie en café, partie en savane, avec les bâtiments, plantations, circonstances et dépendances, les nègres et négresses ci-après dénommés

– Luce créole, 49 ans

– Zéphir son fils, 10 ans

– Nicolas aussi son fils 7 ans

– Marthe Rose sa fille 5 ans

– Marie-Claire sa fille mulâtresse 3 ans

– Christophe créole 33 ans

– Catherine créole 27 ans

– Titus, de terre fond, 29 ans

– Amaranthe de terre Caplaou, 34 ans

– Louis créole, 20 ans

– Agnès de terre Congo, 29 ans

– Louise sa fille créole, 7 ans

– Véronique sa fille, 5 ans

– Victoire aussi sa fille, 6 mois

– Ursule créole, 23 ans

– Sabine créole 17 ans

– Rosalie de terre fonds 45 ans

– François 20 ans

– Samson créole 18 ans

– Terrier, créole, 34 ans

– Joseph créole 17 ans

– Gabriel créole 30 ans

– Robineau de terre mandingue 13 ans

– Bilata de terre Congo 42 ans

– François créole 10 ans

– Balthazar de terre Congo 20 ans

– Jean-Baptiste créole 23 ans

– Pierre-Charles créole 28 ans

– Jean-Baptiste Fabre 33 ans

– Lazare créole 32 ans

– Quinqué de terre Congo 62 ans

– Edouard métif, fils de la mulâtresse Toinette

à quoi il faut ajouter 20 bêtes à cornes et un troupeau de moutons

Inventaire général de l’habitation indivise des frères Tiberge

Rédigé les 11, 12 et 13 novembre 1771, ce document dresse l’inventaire de l’habitation sucrerie et caféière indivise entre les quatre frères Nicolas, Jean-Pierre, Claude et Auguste Tiberge. L’année suivante le 5 octobre 1772, un nouvel acte notarié adjuge la plantation et le partage s’effectue entre Nicolas Tiberge, Jean-Pierre Tiberge Fontenay et Claude Nicolas Victor Tiberge et Jean-Jacques d’Astugue, écuyer, seigneur d’Asque et de Puiségu (qui avait racheté la part d’Auguste Tiberge).

 

L’an mil sept cent soixante onze le onzième jour du mois de novembre neuf heures du matin. Des réquisitions des sieurs Nicolas Tiberge ancien capitaine de millice, Jean Pierre Tiberge Fontenay aussy ancien officier de millice et Claude Nicolas Victor Tiberge aussy ancien officier de millice tous trois habitants au quartier du Fort Royal.

 Et de celle du Sieur Bouin de beaupré, ancien capitaine ayde major des millices demeurant au quartier du Fort Royal au nom et comme fondé de pouvoir spécial et par écrit sousignature privé du sieur Auguste Tiberge Montreuil ancien officier de millice habitant demeurant audit quartier du Fort Royal, ledit pouvoir demeuré joint et annexé à la minute des présentes pour être transcrit en suite des expéditions d’icelle.

Le notaire royal en l’Isle Martinique résident en la ville du Fort Royal soussigné, s’est expres transporté du lieu de sa demeure en la maison et sur l’habitation Sucrerie indivisé entre lesdits sieurs Tiberge frères à l’effet de procéder à l’inventaire et description de tous les biens meubles et immeubles, dettes actives et passives dépendants de la susd habitation ; ou estant outre lesd Sieurs parties interessées, se seroient aussy trouvez les sieurs Antoine Deson Charles Baillaïre et Denis Thomas Henryette Lamarquery lieutenant de millice tous trois habitants en cedit quartier du Fort Royal, les deux premiers arbitres et le dernier sur arbitre choisis par les susd. parties à l’effet de procéder a l’estimation des susd biens desquels les sieurs arbitres et surarbitre et nous notaire avons d’eux pris et reçu le serment au cas requis et accoutumé par lequel ils sont jurez et affirmez en leurs âmes et consciences de bien et fidellement procéder ausd estimation eu égard à la valeur des susd biens et au cours du temps présent, de tout quoy nous avons dressé le présent procès verbal lesd jour et an que dessus. Et ont lesd sieurs arbitres et surarbitre servis de témoins et ont tous signés avec led notaire signé à la minute

Tiberge, Tiberge Fontenay, Victor Tiberge, Bouin de beaupré, Deson, Ballaire, Henryette Lamarquery et Clavery notaire soussignez

 

Dans le haut de la Purgerie servant de demeure auxdit Sieurs Tiberge s’est trouvé :

Premièrement

un buffet de bois d’épicea avec six fiches et serrures de fer avec trois tablettes estimé la somme de soixante livres, cy 60 £

2 – Item une paire de chandelier de cuivre estimé la somme de 6 £

3-  Item une paire de fer à repasser le linge estimé 4 £ 10 s

4 – Item une table ovale de douze couverts bois du pays avec son pliant tout d’une pièce estimée 60 £

5 –  Item douze chaises et un fauteuil de Normandie foncé de paille estimés ensemble 42 £

6 – Item un fusil de chasse de maitre estimé la somme de 72 £

7 – Item onze dame Jeanne estimées à 4 £ 10 sols la dame Jeanne ce qui fait  46 £ 10 s

8 –  Item deux chaudières de Potain estimée ensemble 15 £

9 – Item un harpon d’Hollande estimé 60 £

10 – Item une baignoire bois de gommier[21] estimée 50 £

11 – Item un poteau de bois grande feuille de 12 pieds estimé 36 £

12 – Item 109 sacs de grosse toille en bon état 109 £

13 – Item 2 hamacs de coton de Normandie estimés 40 £

 

Dans la gallerie du bas de laditte Purgerie s’est trouvé

14 – Item une cuillère tireboure et epinglette de fer pour tirer la mine 5 £

15 – Item une manivelle de fer du poids de 15 livres   15 £

16 – Item 9 madriers d’ angelin de 12 pieds de long sur 13 pouces de large  72 £

17 – Item un tour à barriques à vin de fer et le compas 30 £

18 – Item 842 pots de terre estimés à 35 sols le pot 1478£ 10 s

19 – Item 827 formes estimés à trois dix sols la forme 2894£ 10.s

20 – Item 57 planches tant bois piants(?) que de Lipre(?) depuis 16 pouces jusqu’à 10 estimés ensemble 213 £

21 – Item un coffre d’étuve qui est sur le chemin estimé suivant le prix d’achat 700 £

 

Batiments

22 –  Item la Purgerie de 68 pieds de long sur 27 de large avec une gallerie sur un long pan de 9 pieds sur la même largeur avec exhaussement ayant deux chambres le haut de laditte Purgerie planché ayant trois fenestres, le Corps dudit batiment couvert en essentes[22] de balata et laditte Gallerie en thuilles ou il y a par la difficulté du terrain environ vingt toises de maçonne construit de balata et autres et palissadée en entier de planches d’angelin[23] ; le tout en très bon état estimé à la somme de 30 000 £

23 – Item l’étuve de 500 formes avec une vieille chaudière servant de coffre entourée d’une Gallerie sur trois faces de 9 pieds de large avec les murs palissadés de planches d’angelin les poteaux du bois lezardé (?) et épinadé (?), lad Gallerie couverte d’essentes de balata[24] et l’étuve de thuiles ayant un escalier de 11 marches qui conduit à ladite etuve soutenu d’un mur de maçonne des deux cotés  estimée le tout ensemble 9 000 £

 

Dans ledit appenti

24 – un canot de bois de balata servant à piler le sucre de la quantité de deux barriques estimé la somme de  300 £

25 – un moulin à l’eau en bon état prenant l’eau par dessus la sucrerie attenante aud moulin garnie de quatre chaudières, son rafraichissoir et les ustancilles necessaires pour la fabrique du sucre la Vinaigrerie attenante a lad Sucrerie toute de maçonne avec une chaudière a taffia[25] garnie de sa couleuvre[26] et son chapiteau et 30 barriques à grappes toutes plaines, lesquels batiments ne faisant qu’un seul contenant ensemble 72 pieds de long sur 22 pieds de large sous les combles et moulins de bon bois de charpente couverts les trois quarts en thuilles et le reste en essentes de balata, toutes les pallissades de planches d’angelin le tout en très bon état avec un bac à forme et un autre à vendange[27] y compris le canal contenant 359 pieds ou il y a environ 40 toises de maçonne en différents endroits en état , estimé le tout ensemble 50 000 £

26 – Item un mur fait de mortier de terre sur la platte forme au haut de la coulisse de onze pieds de haut sur 50 de longueur et dix pouces de large crépit en chaux ou est une coulisse pour conduire les cannes au moulin le tout estimé ensemble 750 £

27 – Item deux cazes a bagasses[28] dont une de 60 pieds de long sur 18 de large et l’autre de 80 pieds sur 18 le tout en bon état et de bon bois estimées ensemble 5 000 £

28 – Item une caze a farine[29] de 10 pieds de large sur 24 de long et fourches en terre de bois de balata et epicea, et couverte de paille avec une poèle de cuivre, six grages[30] et la presse, le tout en bon état estimé ensemble la somme de 460 £

29 – Item les cazes à nègres dont une de 60 pieds de long avec un mur pour soutenir la terrasse de mortier de terre estimées le tout ensemble eu égard aux planches qui sont bonnes 1 000 £

30 – Item deux cazes à nègres 48 pieds de long toute neuve de bon bois sur 12 pieds de large palissadée de rozeaux couvertse en paille estimée 4 000 £ 

 

Et la nuit étant survenue nous avons cessé (…)

Et le douzième jour du mois de novembre (…)

               

Bêtes cavalines et mulets

31 – Item Bayard cheval estimé ……………………………………………730 £

32 – Item la Rouge ……………………………………………………………900 £

33 – Item Mignonne …………………………………………………………..750 £

34 – Item Cibar ………………………………………………………………..750 £

35 – Item six mulets nouvellement achetés …………………………… 4 800 £

36 – Item un autre mulet aussy nouvellement acheté……………….. 1 000 £

 

Bêtes à cornes

37 – Item falaise vache ……………………………………………………….. 200 £

38 – Item Fond blanc ………………………………………………………….. 180 £

39 – Item la noire vache et son veau ………………………………………. 350 £

40 – Item 3 vaux d’environ un an …………………………………………… 240 £

 

Sucres fabriqués

41 – Item la quantité de 345 formes de sucre terré………………3 450 £

 

Noirs et esclaves

42 – Item Florentin âgé de 59 ans. estimé…………………………………………………………… 400 £

43 – Item Agathe de terre arada âgée de 59 ans ……… 1 000 £

44 – Item Bernadin son fils âgé de 12 ans ……………… 1 200 £

45 – Item Constantin aussy son fils ……………………… 1 200 £

46 – Item Jacques aussy son fils âgé de 8 ans ………………. 800 £

47 – Item Jean Louis âgé de 7 ans ……………………………. .600 £

48 – Item Félicité âgée de 4 ans ………………………………. .500 £

49 – Item Marie agée de 3 ans …………………………………. 150 £

50 – Item Eulalie Créolle agée de 49 ans ayant deux doigts de moins à la main droite estimée……………………………………………………… 800 £

51 – Item Marthe Créolle agée de 43 ans ……………………. 1 200 £

52 – Item Julie Créolle agée de 38 ans ……………………….. 1 200 £

53 – Item Jean son fils estimé………………………………….. 1 100 £

54 – Item Simon son fils ………………………………………… 900 £

55 – Item Jeannette sa fille……………………………………… 150 £

56 – Item Policarpe de terre Congo agé de 35 ans ………… 1 500 £

57 – Item Gabriel de terre Congo agé de 34 ans …………… 1 000 £

58 – Item Marie Anne de terre Congo agée de 36 ans ……. 1 200 £

59 – Item Marthe arada  agée de 64 ans ……………………….150 £

60 – Item Choisi Créol agé de 13 ans ………………………….1 300 £

61- Item Dominique âgé de 14 ans ……………………………… 900 £

62- Item Roze Créolle agée de 13 ans ……………………….. 1 500 £

63- Item Pierrot son fils agé de 11 ans ……………………….. 1 000 £

64 – Item Marie Louise agée de 7 ans …………………………….700 £

65 – Item Cazimir agé de 3 ans …………………………………… 300 £

66 – Item Louis agé d’un an ……………………………………….. 100 £

67 – Item Madelonnette agée de 2 ans …………………………… 200 £

68 – Item Paul de terre Congo agé de 65 ans …………………. 1 200 £

69 – Item Catherine de terre Congo agée de 62 ans …………. 1 200 £

70 – Item Rozalie sa fille agée de 14 ans ………………………. 1 300 £

71 – Item Beauroquy de terre Congo agé de 28 ans …………. 1 100 £

72 – Item Angélique de terre Ibo agée de 49 ans …………….. 1 400 £

73 – Item Bonne sa fille agée de 9 ans ……………………………..900 £

74 – Item Joachim son fils agé de 5ans attaqué de Lhasme……..400 £

75 – Item Jean Pierre agée de 42 ans …………………………….3 000 £

77 – Item Julie de terre arrada agée de 43 ans ………………… 1 600 £

78 – Item Rozanne sa fille agée de 6 ans …………………………. 600 £

79 – Item Barthelemy agé de 43 ans ……………………………..1 700 £

80 – Item Catherine Créolle agée de 35 ans …………………… 1 600 £

81 – Item Augustin son fils ……………………………………….. 1 500 £

82 – Item Selimene de terre Ibo agée de 38 ans ……………… 1 600 £

83 – Item Elisabeth sa fille agée de 11 ans …………………….. 1 000 £

84 – Item Hilaire Créol agé de 17 ans …………………………… 1 700 £

85 – Item Reine agée de 19 ans créolle……………………………..700 £

86 – Item Laurent son fils agé 15 mois ……………………………..100 £

87 – Item Jean Laurent de terre Ibo agé de 38 ans ……………. 1 800 £

88 – Item Bibianne agée de 48 ans ……………………………….. 1 600 £

89 – Item Laurence sa fille agée de 8 ans …………………………. 800 £

90 – Item Babé sa fille agée de 6 ans ………………………………. 600 £

91 – Item Charlotte sa fille agé denviron un an …………………… 100 £

92 – Item Marguerite créolle agée de 30 ans……………………….1 700 £

93 – Item Joachim son fils agé de 6 ans……………………………… 600 £

94 – Item Genevieve agée de 62 ans ………………………………… 800 £

95 – Item Jean Baptiste son fils agé de 11 ans …………………… 1 100 £

96 – Item Gille Créol agé de 34 ans ………………………………… 2 800 £

97 – Item Pierrot Créol agé de 32 ans ……………………………… 2 000 £

98 – Item Christophe agé de 34 ans ………………………………….. 2 000 £

99 – Item Alidor Créol agé de 49 ans tonnelier de son métier ……. 2 500 £

100 – Item Rozette sa femme aveugle laissé pour mémoire ……………..

101 – Item Benoist son fils agé de 5 ans ………………………………. 500 £

102 – Item Thomas aussy son fils agé de 18 mois ………………….. 200 £

103 – Item Joseph de terre Ibo agé de 44 ans ……………………….2 000 £

104 – Item Eulalie de terre Ibo agée de 42 ans ……………………..1 600 £

105 – Item Elisabeth sa fille …………………………………………… 1 400 £

106 – Item Michel agé de 13 ans ………………………………………1 300 £

107 – Item Françoise fille de la négresse Elisabeth ayant la vüe courte.. 600 £

108 – Item Jean Pierre son fils agé de 6 ans …………………………. 700 £

109 – Item Noël aussy son fils borgne agé de 5 ans ………………. 400 £

110 – Item Michel de terre Ibo agé de 50 ans ……………………… 1 400 £

111 – Item Marie Louise de terre bambara agée de 34 ans ………. 1 500 £

112 – Item Suzanne de terre Cap Vert agée de 30 ans ……………1 600 £

113 – Item Hipolite de terre Cap Vert agé de 40 ans ……………… 1 000 £

114 – Item Romain de terre Congo agé de 25 ans …………………. 1 200 £

115 – Item Jean François Créol agé de 26 ans ………………………2 000 £

116 – Item Mehouï de terre Caplaou agé de 46 ans …………………1 700 £

117 – Item Marie Louise de terre Caplaou agée de 29 ans …………1 500 £

118 – Item Barthélémy son fils mulatre agé de 5 ans ……………….. 500 £

119 – Item Louis aussy son fils mulatre agé de 3 ans ……………….. 300 £

120 – Item Madeleine sa fille agée de 2 ans……………………………. 100 £

121 – Item Joachim Créol agé de 24 ans ………………………………2 000 £

122 – Item Cathin de terre Ibo agée de 19 ans ………………………1 700 £

123 – Item Augustin Créol agé de 18 ans ……………………………. 2 000 £

124 – Item François Créol maçon de son métier agé de 30 ans……. 200 £

125 – Item Sabine de terre mine agée de 31 ans …………………….1 600 £

126 – Item Désirée sa fille agée de deux ans …………………………….75 £

127 – Item Antoine de terre mine agé de 34 ans …………………….1 600 £

128 – Item Louison Créol agé de 31 ans …………………………….. 2 000 £

129 – Item Félicité de terre mine agée de 34 ans ………………….. 1 600 £

130 – Item Jean Charles son fils agé de 3 ans ………………………… 150 £

131 – Item Joseph aussy son fils agé d’environ un an ……………….100 £

132 – Item Françoise agée de 64 ans ayant la main droite coupée…. 200 £

133 – Item Thomas de terre Ibo agé de 38 ans ……………………… 1 600 £

134 – Item Marie de terre Caplaou agée de 38 ans sujette à être malade.. 900 £

135 – Item Louis créol agé de 20 ans ……………………………………2 000 £

136 – Item Tain de terre Caplaou ………………………………………..1 600 £

137 – Item Narcis de terre Congo agé de 50 ans tonnelier et rafineur … 1 600 £

138 – Item Jeanne agée de 60 ans laissé pour mémoire

 

Batiments de la Caffeyere

139 –  Item Une maison sur solle de vingt pieds de long sur 16 de large avec une Gallerie sur trois faces fourches en terre tous bois equarry et du pays divisée en cinq chambres basses, un office et une chambre haute la Gallerie des deux pignons sur solle, lad maison couverte dessente d’ollivier. Le tout en état qu’elle se trouve, estimée la somme de……………………………………. 4 000 £

140 –  Item un Boucan[31]  avec son peron estimé ……………….. 2 000 £

141 –  Item le moulin a Caffé …………………………………………. 350 £

142 – Item le cuisine estimée ………………………………………….. 100 £

143 – Item la caze a farine avec sa platine montée et sa presse…. 400 £

Item 2 cazes a nègres palissadée en partie de planches…………… 200 £

 

Plantation de la Caffeyere

144 – Item 2 000 pieds de caffé en bon état dans le nombre des anciens qui étoient plantées estimés à vingt-cinq sols la pièce, ce qui fait …….2 500 £

145 – Item 1 400 pieds de caffé de l’age de 18 mois planté en bois et neuf estimés à sept sols six deniers le pied, ce qui fait……………………. 350 £

146 –  Item 30 barils de farine bonne a faire, toute façon déduite estimée…………………………………………………………………………800 £

 

Et la nuit etant survenue, nous avons cessé (…)

 

Le 13 jour du mois (…)

 

Plantations en Cannes

147 – Item 15 quarrés de Cannes bonnes à faire évalué et estimé les uns dans les autres à raison de cent formes par quarré, ce qui fait ensemble la quantité de quinze cents formes, estimé à dix livres la forme, ce qui fait ………..15 000 £

148 – It 11 quarrés ou environ de rejettons de différents ages estimé à trois cents livres le quarré, ce qui fait …………………………………………3 300 £

149 –  Item un quarré et demy de canne planté à neuf agé d’environ un à deux mois ……………………………………………………………………………..900 £

150 – Item 3/4 de quarré de canne planté à neuf qui est encore agé d’environ 6 à 7 mois…………………………………………………………………………….400 £

 

Lizierres[32]

151 – Item 150 pas[33] de lizierres au lieu de 1557 attendu qu’il y a 300 pas de mitoyen avec les terres de M. de Surivey estimé à 3 £ le pas………… 3 771 £

 

Maison en ville

152 – Item une maison de mur size et située dans la rue St Louis de cette ditte ville……………………………………………………………………………….6 000 £

153 –  Item cinq poteaux de moulin de bois grande feuille qui sont en ville estimés………………………………………………………………………….. 380 £

 

Fond de terre[34]

154 – Item la quantité de 69 quarrez de terre estimé a 12 000 £ le quarré………………………………………………………………………… 82 800 £

155 – Item une bananiere tres considérable estimée …………………5 500 £

 

Dettes passives

du au Sieur Nicolas Gouraud …………………………………………..23 000 £

aux Sieurs Carere et Baderou …………………………………………..5 690 £

au Sieur Victor Tiberge pour avance faite à  la ditte habitation .. 10 850£ 15s

Item au Sieur Tiberge Lainé …………………………………………..9 749 £

Item aux Sieurs Victor et Fontenay Tiberge………………………….. 720 £

audit Sieur Fontenay …………………………………………………… 1 500 £

au sieur Cols negotiant a St Pierre ………………………………….. 1 600 £

au sieur Bonnetaire Villecourt ……………………………………….. 1 284 £

et au sieur Mauconduit………………………………………………….2 900 £

Qui sont générallement tous les biens meubles et immeubles, dettes passives dependant de lhabitation, sucrerie indivise entre lesd. Sieurs Tiberge Frères.

 

Fait et terminé le présent inventaire ce jourd’huy treizième jour du mois de novembre de ladite année de 1771 à cinq heures du soir et ont tous signés avec ledit notaire signé sur la minute Tiberge, Tiberge Fontenay, Victor Tiberge, Bouin de Beaupré, Deson Ballaire, Henryette, Lamouquery  et Clavery  notaire.

 

Suit le pouvoir annexé:

je soussigné Auguste Tiberge Montreuilh habitant en ce quartier du Fort Royal donne plain pouvoir à Monsieur Bouin de Beaupré habitant et demeurant en ce quartier de me représenter à l’inventaire et description de tous les biens qui doit se faire de l’habitation sucrerie indivisé entre moy et messieurs Tiberge mes frères (…) au Fort-Royal, 6 novembre 1771 (…)

 

 

 

N.B. : Ont été supprimées de la transcription la répétition formelle « estimé à la somme de » qui revient fréquemment, ainsi que la répétition des personnes présentes et des signatures ; sur l’original les sommes sont d’abord exprimées en lettres, nous avons préféré les mettre directement en chiffres pour faciliter la lecture. Par ailleurs, on remarque que la liste comporte une erreur dans la numérotation : le n°76 n’existe pas, ce qui implique un décalage, rattrapé par la suite en mentionnant deux éléments matériels sous le n°143.

[1] Sur les départs de Gascons aux îles d’Amérique, voir par exemple RICHON (Louis),« Auscitains aux Antilles au XVIII° siècle », BSAHG, 1978, p. 456-497; ib., « Gascons aux Antilles », BSAHG, 1980, p.109-110 ; ib., « Antillais à Condom au XVII° siècle », BSAHG, 1982, p. 292-301 ; « Condomois aux Antilles au XVIIIe siècle », BSAHG, 1978, p. 328-365 ; ou encore DONNADIEU (Jean-Louis),« Louis-Pantaléon, comte de Noé : un « Gascon des îles » redécouvert », BSAHG, 2007, p. 166-185. Voir aussi CAUNA (Jacques de), L’Eldorado des Aquitains – Biarritz, Atlantica, 1998.

[2] Domaine foncier planté en denrées tropicales (sucre, café, indigo, coton…).

[3] Parrain Pierre de Laffitte, marraine Toinette d’Astugue de Cerné. A noter que Jean-Jacques d’Astugue d’Asque a un frère cadet, Pierre André, également militaire, mort en mer le 23 juillet 1772 alors qu’il se rendait en Martinique (Centre des Archives d’Outre-Mer [aujourd’hui Archives Nationales d’Outre-Mer, ANOM] –Aix-en-Provence-, FM, E 109).

[4] Dans les Pouillés, l’église Saint Vincent d’Ascous est mentionnée au XV°siècle (on n’en a pas de plus ancien). Voir Livre rouge du chapitre métropolitain de Sainte-Marie d’Auch, édition J-Duffour, Paris-Auch, 1907, p.333, 335 et 370 ; M-François (dir.) – Pouillés des provinces d’Auch, de Narbonne et de Toulouse…, Paris, 1972, t.1, p. 319. Voir aussi LAPART (Jacques), « Un fragment de table d’autel romane découvert à Ascous commune de Valence-sur-Baïse », BSAHG, 1987, p. 382-390.

[5] La livre des Indes occidentales françaises vaut un tiers de moins que la livre tournois ayant cours en métropole, de façon à éviter la fuite de numéraire de France vers les colonies.

[6] BRUNEAU-LATOUCHE (Eugène), CORDIEZ (Chantal et Philippe), 209 familles subsistantes de la Martinique, Aix-en-Provence, Fort-de-France, Paris, 2002 (pages 983-988).

[7] Parfois noté « Augustin » dans les documents.

[8] Lequel assure la descendance principale des Tiberge étudiée dans 209 familles subsistantes de la Martinique, op. cit. Il était d’usage en Martinique d’accoler un autre nom au patronyme (Levassor, Montreuil, etc.) pour distinguer les membres d’une même lignée.

[9] Née le 10 décembre 1773, parrain noble messire Auguste Tiberge Le Vassor capitaine des troupes des colonies et marraine dame Hélène de Meliet de Fondelin. Elle épousera Anne Luc Solirène d’une vieille famille d’Auch.

[10] Registre paroissial d’Ascous (Valence-sur-Baïse), AD du Gers, 5 Mi 202.

[11] Testament probablement rédigé sur papier libre car malheureusement non retrouvé dans les minutes de Me Bauthian (notaire à Valence-sur-Baïse à l’époque), minutes conservées aux Archives départementales du Gers.

[12] Aujourd’hui conservées au Centre des ANOM d’Aix-en-Provence (dépôt des papiers publics des colonies).

[13] BRUNEAU-LATOUCHE (Eugène), CORDIEZ (Chantal et Philippe), 209 familles subsistantes de la Martinique, Aix-en-Provence, Fort-de-France, Paris, 2002 (page 983).

[14] Un carré était l’unité de surface correspondant à un carré de 100 pas de côté (1 pas = 1,13 m), soit 1,29 ha en Martinique. On disait « carreau » à Saint-Domingue. 14 carrés correspondent à 18 ha environ.

[15] Esclave né en Afrique, et donc « importé » aux Amériques. Le terme s’emploie par opposition à créole (natif des Amériques).

[16] Mulâtre : né d’un parent blanc et d’un parent noir (1/2 de sang noir) ; métif (ou métis) : qui a 1/8 de sang noir et 7/8 de sang blanc, selon les critères de l’époque. Pour les provenances (« nations »), voir encadré.

[17] Moule dans lequel le sirop concentré et encore chaud est versé pour qu’il cristallise. La contenance d’une forme est variable, généralement entre 20 et 40 livres-pesant (10 kg à 20 kg), soit donc du simple au double.

[18] Local où le sucre moulé cristallise sous forme de pains, et où il est éventuellement blanchi.

[19] Résidus de canne à sucre broyée, servant de combustible.

[20] Le registre notarié de Me Clavery (reg. 601) conservé au CAOM d’Aix-en-Provence correspondant à la période regroupe quelques actes de 1778 –mais pas cet inventaire – puis passe brusquement à des actes établis en 1785…

[21] Variété d’eucalyptus.

[22] Petite planche en forme d’ardoise (terme de charpente).

[23] Arbre de la famille des sophorées.

[24] Arbre de la région des Guyanes utilisé en charpente.

[25] Eau de vie faite avec les mélasses, les débris de sucre (rhum).

[26] Serpentin de l’alambic.

[27] Bac probablement prévu pour récupérer les mélasses et résidus de la batterie de chaudières avant distillation.

[28] Résidus des cannes à sucre broyées, servant de combustible pour les chaudières de la sucrerie.

[29] Grenier à farine de manioc.

[30] Espèce de râpe de cuivre.

[31]  Foyer (installation artisanale) pour fumer la viande.

[32] Chemin entre propriétés.

[33] Un pas = 3 pieds 6 pouces, soit 1,13 m.

[34] Réserve foncière, terrains non encore mis en valeur.

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