Facebooktwitterpinterestlinkedinyoutubeinstagram

Article initialement paru dans la Revue de l’Académie du Centre (Histoire et patrimoine de l’Indre), Châteauroux, 2016, p. 82-103

Par Jean-Louis DONNADIEU[1]

Si la carrière militaire d’Henri-Gatien, comte de Bertrand (1773-1844), a été examinée dans le détail, si on sait que ce fidèle d’entre les fidèles de l’empereur Napoléon l’a suivi avec sa famille dans son exil à Sainte-Hélène (1815-1821) et a assuré le transfert des cendres de l’Aigle aux Invalides (1840), en revanche on méconnait le séjour qu’il a effectué en Martinique de 1837 à 1839, sur le tard de sa vie.

Pourtant, le lien unissant Henri Bertrand avec les Antilles est solide, remontant à 1808, quand il épouse Françoise-Elisabeth de Dillon (dite « Fanny Dillon »). Il se trouve que la mère de Françoise Dillon, Marie-Françoise-Laure de Girardin de Montgérald, est une lointaine cousine de l’impératrice Joséphine (et comme elle créole[2] de Martinique). Les Girardin de Montgérald sont une lignée de propriétaires sucriers martiniquais, qui possèdent plusieurs domaines. A la fin des années 1770, Laure de Girardin a rencontré, de passage en Martinique, un brillant officier militaire, représentant ce courant jacobite resté fidèle au catholicisme et n’ayant jamais admis l’éviction de Jacques II d’Angleterre (exilé en France après la « Glorieuse Révolution » britannique). Cet officier s’appelle Arthur comte de Dillon (1750-1794), colonel d’un régiment irlandais envoyé par Louis XVI pour combattre en faveur des colons américains insurgés contre la couronne britannique ; devenu veuf en 1782, il est gouverneur de Tobago quand il repasse en Martinique et reprend contact avec Marie-Françoise-Laure de Girardin – elle-même veuve d’Alexandre Levassor de Latouche de Longpré. Arthur Dillon et Laure de Girardin s’apprécient mutuellement, au point qu’elle finit par le suivre à son retour en France. Le couple se marie à Paris en 1785. Cela étant, Fanny Dillon, née en France, va – bien plus tard – hériter des biens martiniquais lui venant de sa mère sans les connaître de visu ; sa vie durant, elle sera elle-aussi une propriétaire absentéiste. Quant à Henri-Gatien Bertrand, qui épouse Fanny Dillon en 1808, il n’a encore jamais mis le pied en Martinique et ignore les réalités caribéennes.

          Après le décès de Laure de Girardin veuve Dillon (1817),  Fanny Dillon et Henri-Gatien Bertrand, de retour de Sainte-Hélène, suivent l’évolution de ces lointains domaines que sont les sucreries dite des Coteaux et celle dite des Salines, venus de la défunte[3]. Sur cette dernière propriété, ils lisent par exemple une longue lettre écrite le 20 avril 1830 par un cousin de Fanny, M. de Fougainville, qui indique qu’il vient d’en prendre la gérance et en décrit les avantages comme les inconvénients à des correspondants ne sachant guère de quoi il en retourne[4].

          Surtout, les choses vont changer quand, le 6 mars 1836, le général Bertrand devient veuf. La succession est très compliquée[5] ; c’est pour la régler de façon définitive par rapport à ses enfants qu’Henri-Gatien Bertrand, 63 ans, accompagné de son fils Arthur, part pour la Martinique, s’embarquant le 30 octobre 1836 du Havre, faisant escale à Cherbourg (d’où il repart le 22 décembre). Le général Bertrand ne se doutait

panorama du site de l’habitation des Coteaux (fin 2015). Photo Marc Sassier


panorama du site des Salines (fin 2015). Photo Marc Sassier

probablement pas qu’il allait y rester plus de deux ans, se lancer dans la production de sucre de canne et, fort de sa réputation, fréquenter l’élite de la société coloniale tout comme entretenir une correspondance avec quelques personnalités martiniquaises mais aussi des îles voisines. Sans compter qu’il allait observer avec acuité la société insulaire, notamment à propos de la question – alors en débat – de l’abolition de l’esclavage, et consigner dans des notes restées manuscrites de son vivant ses réflexions sur le sujet.

Pour l’historien, il reste d’abord de ce séjour un important carton de papiers privés, aujourd’hui conservé aux Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM) à Aix-en-Provence[6], qui non seulement éclaire un aspect méconnu de la personnalité du vieux soldat, mais aussi donne quelques lueurs inédites sur une période sensible de l’histoire de la Martinique. Quelques lettres conservées aux Archives départementales de l’Indre ou aux Archives municipales de Châteauroux permettent de compléter et préciser cette documentation.

          On verra ici trois angles essentiels qu’apportent ces documents : le contact qu’Henri Bertrand va avoir avec la colonie, les questions agricoles auxquelles il va s’intéresser, et enfin la question alors ô combien délicate de l’abolition de l’esclavage.

Premier contact avec la colonie

On ne sait rien des premières impressions qu’il ressent quand, le 26 janvier 1837, il arrive en rade de Saint-Pierre, ville alors considérable, poumon économique de l’île, s’étendant au pied de l’imposante Montagne Pelée. Mais, au-delà du panorama luxuriant et de la beauté du site, une lourde réalité se profile. La société coloniale est, depuis les origines, fondée sur un principe raciste qui fait du Blanc l’élément supérieur et indépassable de la société, du Noir l’élément inférieur, et de tous les mélanges intermédiaires un entre-deux balloté entre ces deux bornes. Mais outre cette discrimination, la société est divisée en deux catégories : les libres et les esclaves. D’office, les Blancs sont libres ; avec le temps, s’y est agrégé un groupe d’affranchis (et leurs descendants), notamment mulâtres[7]. Ces « libres de couleur » sont devenus des acteurs économiques fort importants, mais certains Blancs ont du mal à admettre pareil état de fait, et donc à considérer ces sang-mêlés comme leurs égaux.

Parallèlement, le général Bertrand a probablement dû s’informer avant son départ de l’évolution de la situation locale, de façon à ne pas être trop surpris par l’ambiance des débats autour de deux questions cruciales : la traite négrière et le régime esclavagiste.

Sur la traite négrière, le problème est réglé : dans le sillage de l’Angleterre, la France a non seulement interdit tout trafic depuis 1815 (décision de l’Empereur, confirmée par Louis XVIII en 1817) mais a même, depuis la loi du 4 mars 1831, qualifié le commerce négrier de crime et s’est résolument engagée avec l’Angleterre dans la lutte contre le trafic clandestin dans l’Atlantique. Concrètement, pour la Martinique, cela veut dire qu’il n’y a plus d’arrivage de nouveaux captifs ; ce n’est que par les naissances que la population esclave se renouvelle.

          Quant à la question de l’esclavage, elle est, en revanche, loin d’être résolue. La Martinique, sous occupation anglaise durant la Révolution, n’a pas connu l’abolition de 1794 ni donc le rétablissement du régime esclavagiste en 1802-1803. Mais, dans les décennies suivantes, cette affaire a pris une importance considérable, du fait de l’avancée des idées et aussi de l’affirmation croissante de la classe des « libres de couleur » dans la sphère économique. Depuis 1831, la loi a supprimé toute taxe d’affranchissement, ce qui a fait bondir le nombre d’affranchis ; mais les maîtres n’ont pas libéré tous leurs ouvriers agricoles, loin s’en faut. Deux ans plus tard, en 1833, le Royaume-Uni abolit l’esclavage dans ses colonies, lui substituant une période transitoire



de sept ans d’apprentissage avant la liberté totale. Ce précédent ne peut qu’avoir des incidences en Martinique. Qui plus est, toujours en 1833, une loi proclame l’égalité des droits entre « libres de couleur » et Blancs (ce qui n’a pas pour autant calmé certaines tensions, comme en témoignent les incidents graves entre communautés à l’approche de la Noël de cette année-là). Enfin, depuis le 29 avril 1836, une ordonnance accorde la liberté à tout esclave ramené en France (ne faisant que confirmer un usage fort ancien, mais parfois contesté). L’abolition proprement dite est donc dans l’air du temps ; reste cependant à savoir quand et comment.

          Tel est donc le contexte quand le général Bertrand et son fils arrivent en Martinique. Après un passage par le Fort-Royal (Fort-de-France aujourd’hui), tous deux rejoignent, le 4 février 1837 au soir, la première des deux propriétés familiales, l’habitation[8] des Salines, située dans la commune de Sainte-Anne, à l’extrême-sud de l’île. Un domaine alors important : 220 carrés[9], soit 284 hectares, et 172 esclaves.

C’est un monde complètement nouveau que découvrent les deux voyageurs. Une lettre d’Henri-Gatien Bertrand à son frère, écrite à chaud, nous en précise l’ambiance : « En arrivant hier soir nous avons été entourés de tous les nègres et négresses[10] de l’habitation et des négrillons tous fort contents de recevoir leur maître et le petit maître. Depuis longtemps ils n’avaient plus que des géreurs[11]. Ils ont congé demain, comme la danse est leur plaisir ils ont demandé un violon. Depuis 4 à 6 ans ils préfèrent danser au violon des contredanses et ils abandonnent leurs danses au tambour. On leur donne du vin, de la farine, on tuera un petit bœuf. Le violon se paye une pièce d’or, 21f 60c. Les nègres sont légèrement vêtus avec des toiles souvent en guenilles mais le dimanche ils ont chapeaux, gilets, pantalons, et les négresses sont aussi élégantes, des boucles d’oreilles d’or, madras, fichus, robes, bas et souliers. L’atelier des Salines passe pour un des meilleurs du quartier. Ils ont une industrie qui leur est particulière, une espèce de poterie dont ils fournissent toute l’île, ou du moins une grande partie ; on appelle canaris ces pots fabriqués avec de la terre des salines »[12].

          Ambiance festive, donc, et premières observations de ce monde dont Henri-Gatien Bertrand a bien des choses à découvrir. Dans cette lettre, on y apprend que l’habitation-sucrerie où il va s’installer possède donc une source de revenus annexe non négligeable, la fabrication de ces gros pots fort utiles en cuisine. Le géreur lui a probablement commenté les tenues vestimentaires et l’usage des instruments de musique, sans trop s’attarder cependant sur le pourquoi et le comment de ces « guenilles » ordinaires ou de la prétendue domination du violon sur le tambour. L’atelier d’esclaves semble bien tenu…

          Le temps au général Bertrand de faire le tour du domaine et de commencer à s’informer des activités – on est à une époque où les cannes sont mûres, donc en pleine fabrication de sucre – et il part visiter l’autre domaine familial, l’habitation-sucrerie des Coteaux (116 hectares, 66 esclaves), distant d’environ 25 kilomètres, situé de l’autre côté de la baie, à la sortie de la commune de Sainte-Luce (arrivée le 25 février 1837). Précisons que, depuis lors, la zone des Coteaux a connu des transformations dans sa partie basse du fait de l’extension de l’habitat, tandis que la plupart des champs plantés en cannes le sont toujours ; pour sa part, le site des Salines, nettement en retrait par rapport aux chemins et au noyau urbain de Sainte-Anne, est aujourd’hui propriété d’une société de maraichage, et que les chemins d’accès y sont privés ; quant à la grande case d’origine, elle n’est plus qu’une ruine[13].

          Bertrand, qui était « tout neuf » sur les questions coloniales – comme il l’écrit dans une lettre d’octobre 1838 au baron Dupin[14] –, apprend vite, sur les questions agricoles comme sur le reste. Car le voilà lui-aussi planteur et propriétaire présent. Il a pris les choses en main et veut mesurer, vérifier et développer ; il commande à son fidèle ami le colonel Paulin divers instruments d’arpentage et de calcul dans cette intention.

Maître de terre

          Henri-Gatien Bertrand est d’abord en Martinique pour régler la succession des deux sucreries venant de feu son épouse. Résultat : le 8 mars 1838 – soit environ un an après son arrivée – ces domaines sont vendus aux enchères en indivis (ce que l’on appelle une licitation)… et c’est le vieux militaire qui en devient adjudicataire, c’est-à-dire acquéreur, ce qui règle tensions, disputes et questions d’insolvabilité des enfants[15]. Il en reste le propriétaire – donc garant de l’intégrité de ces domaines – jusqu’à son décès.

Bertrand sait désormais comment on fait du sucre de canne… et à quels problèmes économiques et financiers il est confronté. Dans les années 1830-1840, on continue encore à produire du sucre comme dans les siècles précédents. La coupe des cannes se fait à la main, ce qui nécessite une main d’œuvre nombreuse. Les cannes coupées, chargées par cabrouets (charrettes), arrivent à un moulin pour y être pressées par trois gros rouleaux métalliques (la force motrice de ce moulin étant le plus souvent animale – des mulets –, parfois une chute d’eau, ou le vent). Le jus de canne, appelé « vesou », passe ensuite par la « sucrerie », bâtiment contenant une batterie de quatre ou cinq chaudières via lesquelles le jus épuré est réduit par cuisson en un sirop très épais. Le sucre peut rester brut – après cristallisation, il est alors mis en barriques – ou être « terré », c’est-à-dire rendu blanc par l’adjonction d’une terre spéciale. Dans tous les cas, le sucre cuit doit être versé dans des moules en terre, les « formes », lesquels sont placés dans une « purgerie » ; le sucre cristallise, se débarrassant du liquide résiduel (tandis que la terre blanche est ajoutée). Démoulé – et formant des pains de sucre – le produit est mis dans une étuve, dont la chaude atmosphère élimine les ultimes traces liquides. Vient ensuite le pilage, pour une mise en barriques, avant expédition. Parallèlement, les écumes durant la réduction du jus lors du passage en chaudières, ainsi que les mélasses résiduelles, non cristallisables mais récupérées, peuvent être distillées et donner du rhum (commence à se développer aussi la fabrication de « rhum z’habitant » fait directement à partir de jus de canne fermenté). Mais à aucun moment le général Bertrand ne parle de distillation sur ses terres.

          Il est important de noter que cette façon de procéder vit alors ses dernières années. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, vapeur et mécanisation vont transformer le mode de production et bouleverser toute la filière[16]. Le général Bertrand est pour le moins curieux de ce qui se pratique et des évolutions à suivre ; on relève dans les papiers conservés un mémoire sur la fabrication du sucre à Cuba, ainsi que sur la culture du tabac ou l’assèchement des terrains marécageux, preuve d’un intérêt quant à l’amélioration possible de l’existant.

          Sur l’organisation du travail dans ses sucreries, les papiers Bertrand des ANOM donnent quelques indications. Ainsi, aux Salines, une copie de lettre (datée du 7 février 1837) précise l’effectif que le général y a trouvé en arrivant : 63 esclaves pour le grand atelier (travail des cannes, du jardin et atelier sucrier ; Bertrand précise qu’un tiers est souvent « détourné » de sa tâche principale), 16 pour le petit atelier (ramassage des cannes), 9 « marmailles aux herbes » (enfants qui ramassent du fourrage), 9 ouvriers (3 charpentiers, 2 maçons, 1 tonnelier, 1 laboureur – on commence à utiliser la charrue – et 1 raffineur de sucre), 9 domestiques de maison, 11 « vieilles gens aux cases », 44 « négrillons aux cases », 1 hospitalière, 6 gardiens d’animaux. Soit un total de 168 personnes[17]. Sur l’habitation des Coteaux à Sainte-Luce, un inventaire en date du 1er janvier 1839 indique que l’atelier s’est agrandi d’une dizaine de personnes en un an, comptant alors 76 esclaves dont la liste nominative est dressée, avec quelques indications : « commandeur 1, nègres au travail 44, négrillons 16, raffineurs 2, gardes d’animaux 3, garde des cannes 1, gardienne d’enfants 1, ouvriers 2, hospitalière 1, cuisinier 1, vieilles gens 4 ». Cet effectif contient un peu plus de femmes que d’hommes, et un tiers de l’atelier a entre 10 et 20 ans. Le général indique aussi des regroupements par familles. Parallèlement, le cheptel animal est aussi inventorié. Quant au contexte du travail, on relève ici et là quelques indications fugaces : « en juillet [1838], en coupant des cannes (…) on tuait 60 à 70 serpents[18] dans une matinée » ; on sait aussi qu’au début de 1839 aux Coteaux étaient plantés 12 carrés (15,5 hectares) de cannes neuves, 12 carrés de rejetons [repousses], et que 11 carrés (14 hectares) avaient été plantés en prévision de 1840. Ces chiffres confirment qu’on a affaire à une petite unité, mais qui monte en puissance.

          Cela étant, on a surtout des éléments quant aux débats en cours. Ainsi, on connaît clairement la position du général Bertrand sur la fiscalité qui touche le sucre de canne, de plus en plus concurrencé en métropole par celui issu de betterave : il met la dernière main, le 10 octobre 1838, à l’opuscule intitulé Sur la détresse des colonies françaises en général, de l’île Martinique en particulier, et de la nécessité de diminuer la taxe exorbitante établie sur le sucre exotique[19], publié à la fin de cette même année par la librairie Didot, et préfacé du baron Charles Dupin. Le titre de ce petit ouvrage dit tout, Bertrand n’a pas de mots assez durs envers une fiscalité à ses yeux aveugle et étouffant les producteurs martiniquais, au point de compromettre la rentabilité même des sucreries – et favoriser indirectement le sucre de betterave sur le marché métropolitain. Le vieux militaire sait de quoi il parle car il est concerné au premier chef. En effet, la comptabilité de ses domaines, de 1818 à 1838, montre d’abord que les recettes comme les dépenses peuvent fluctuer considérablement d’une année sur l’autre, du simple au triple, voire davantage. Les recettes dépendent bien sûr de l’aléa des récoltes ; les dépenses sont tributaires de la gestion plus ou moins avisée des géreurs, du coût des équipements, de ceux d’entretien des bâtiments comme de l’outillage (à son arrivée, il a ainsi la mauvaise surprise de voir que le moulin broyeur de cannes aux Salines est défectueux), des dépenses relatives aux soins à porter aux esclaves, sans oublier ce qu’il faut débourser pour réparer les dégâts causés par les imprévisibles ouragans… Mais, outre ces fluctuations, les comptes montrent que s’est installé un déficit structurel[20], certes encore supportable, mais préoccupant. La situation est donc délicate, à la merci de mauvaises récoltes répétées ou de nouveaux imprévus… Par son opuscule, Henri-Gatien Bertrand se fait donc le porte-voix des propriétaires sucriers, dont les domaines apparaissent en fait comme des colosses aux pieds d’argile, et ce dans un contexte abolitionniste. Une lettre datée des Salines le 26 juin 1838 et adressée à (François ?) Arago résume bien ses vues : « Nos colonies sont prises par les deux bouts, d’un côté par l’émancipation [abolition de l’esclavage] plus ou moins prochaine, mais inévitable ; de l’autre par le sucre de betterave et l’énormité de l’impôt dont est grevé le sucre colonial. Le dégrèvement serait la mesure la plus raisonnable ».

Des relations maître/esclave

          Henri-Gatien Bertrand est en correspondance avec l’élite de la société coloniale. Entre autres écrits conservés, on relève des lettres de François Pécoul, colon aux idées libérales, et une du gouverneur Rostoland[21]. Bertrand a aussi en mains un recensement très détaillé de la population (et des propriétaires) de l’île. Manifestement, sur la question de l’abolition de l’esclavage, il prend des avis, s’informe, échange des vues ; point de précipitation de sa part (« il nous parait moins nécessaire d’agir vite que de frapper juste » indique-t-il dans son opuscule de 1838), même si cette question agite sérieusement les milieux politiques en France, même si cette abolition est « inévitable » à terme comme il l’écrit. Il estime que les mesures d’émancipation des esclaves ne doivent pas être précipitées ni irréfléchies, sous peine d’aggraver encore une situation économique déjà fragile par l’ajout d’une masse salariale aux dépenses de fonctionnement des habitations, sans oublier les conséquences de déstabilisation sociale qu’il appréhende. Pour le dire autrement, la raison ne doit pas céder face à l’émotion.

          De ce brassage d’idées et des observations qu’il effectue, il reste une liasse importante de notes rédigées durant son séjour. Avait-il l’idée de les publier ? Dans un brouillon de lettre (non daté), il fait part de ses hésitations, « non par paresse mais parce que je n’aime pas à me faire imprimer et que ce serait, ce me semble, fatiguer le public », d’autant que paraît son petit livre contre la fiscalité du sucre. Finalement, ces notes vont rester longtemps inédites[22].

          Les pages se présentent divisées en deux colonnes : un écrit principal sur la colonne de droite, et des éventuels compléments ou corrections à gauche. Des passages sont largement raturés, voire complètement biffés, et certains se répètent à quelques mots près. Il n’y a pas de numérotation de folios, ni de dates de rédaction, mais seulement quelques titres de rubriques. Manifestement, il s’agit d’un travail inachevé. Néanmoins, ces notes contiennent des observations précieuses, de première main. Elles nous décrivent une société plus complexe et poreuse qu’il n’y parait au premier abord, où des Noirs libres côtoient des esclaves, où l’esclave peut éventuellement être récompensé et se constituer une épargne, où la question de l’abolition taraude les esprits. Etant donné la longueur de ces notes, n’en sont publiés ici que des extraits. A été privilégiée la dimension humaine.

          Trois thèmes principaux se dégagent : 1) le comportement des esclaves, 2) l’organisation du travail et l’attitude des maîtres, 3) les modalités de l’abolition proprement dite.

          Il apparaît que Bertrand partage les préjugés de son époque, qui étaient déjà en vigueur sous l’Ancien Régime : la civilisation de référence est européenne, les Africains arrachés à leur brousse se civilisent donc progressivement à ce contact. On peut remarquer que pareille vision est partagée à tous les niveaux, jusqu’à l’esclave créole se sentant supérieur à celui né en Afrique. Vu sous cet angle, le violon ne peut qu’être supérieur au tambour (le fait que cet instrument de percussion puisse être aussi instrument de résistance à l’acculturation lui échappe). Bertrand paraît cependant surpris par le distinguo maintenu aux îles entre les Blancs et les hommes de couleur libres, conduisant à des tensions parfois graves comme en 1833, évoquant a contrario l’époque d’antan où on ne mesurait pas la valeur du soldat à la couleur de son épiderme (se rappelait-il de la suite, à savoir la mise sur la touche d’officiers de couleur par Bonaparte ?). Reste que le préjugé racial lui est étranger. Toujours à propos des libres de couleur, il remarque au passage que ceux-ci assimilent le travail de la terre au statut d’esclave, et de fait s’orientent vers des professions urbaines (artisans, avocat…)[23]. Et s’ils sont propriétaires fonciers, ils possèdent eux-aussi des esclaves[24].

          Le regard qu’il porte sur la condition servile reste aussi à un premier niveau : conditions matérielles d’existence, aisance relative, question d’entretien de la force de travail… L’harmonie semble régner sur ses propriétés, il n’y aurait pas de tensions et, à ses yeux, la comparaison avec la vie quotidienne des paysans de France tourne à l’avantage des esclaves. On ne voit pas, de la part de Bertrand, de prise en considération de l’aspect psychologique, de l’estime de soi, du fait d’être libre de ses choix et de ses initiatives, indépendamment des conditions de vie matérielles. On ne trouve pas non plus sous sa plume le constat que si la liberté est dure, elle vaut quand même mieux, à tout prendre, que d’être entretenu en restant dépendant de la volonté d’un maître.

          Parallèlement, il porte un regard peut-être optimiste sur l’attitude des propriétaires. Il est vrai qu’il a fréquenté ou a été en relations avec la « crème » de la société coloniale, à commencer par François Pécoul[25]. Ainsi, il estime qu’au lieu de faire pression sur les colons, la métropole devrait plutôt leur laisser l’initiative pendant une dizaine d’années, et ne légiférer qu’ensuite, s’il en était encore besoin. Mais est-ce que les maîtres étaient tous progressistes, raisonnables, soucieux de ménager leurs ateliers et favorables à l’émancipation ? Les faits nuancent cette vision des choses ; les changements dans le sens de la liberté sont aussi issus de révoltes des asservis, de rapports de force, d’affrontements et de pressions extérieures[26].

Le souci principal du vieux soldat étant l’activité économique et la solidité de la colonie[27], il estime essentiel que l’activité sucrière soit d’abord garantie. L’abolition doit être selon lui progressive et d’abord laissée à l’initiative locale. Lui-même propose un plan de passage évolutif vers la liberté mais, au préalable, ne cesse d’insister sur une condition à ses yeux nécessaire : le mariage – et donc la consolidation du noyau familial – dont les vertus seraient non seulement d’avoir des familles structurées (et non une situation de libertinage ou de vagabondage, qu’il déplore) mais aussi de stimuler le travail[28]. Sans oublier que cette mesure d’abolition doit s’accompagner, à ses yeux, toujours selon l’exemple anglais, d’une indemnité correcte des propriétaires afin de permettre cette transition. Elle a été de 750 francs par tête dans le cas britannique (et avec des prix du sucre compensant la chute de volumes produits, dans un contexte non concurrentiel d’avec le sucre de betterave). Il estime donc que la proposition du gouvernement français d’une indemnisation de 500 francs par tête est insuffisante.

Conclusion

          Le général Bertrand rentre en France en juillet 1839. L’année suivante, il retourne à Sainte-Hélène pour assurer le transfert des cendres de son cher Empereur aux Invalides. On connaît mal l’évolution de ses propriétés par la suite. Il semble bien cependant qu’au moment de son second séjour en Martinique (novembre 1842-juin 1843), la situation financière des habitations Bertrand reste fragile et que, par ailleurs le vieux militaire n’ait pas varié d’opinion quant à l’abolition de l’esclavage. Rappelons qu’Henri-Gatien Bertrand effectue cette étape en Martinique avant de remonter vers le nord en passant par les Petites Antilles puis Porto Rico et Cuba, pour arriver à la Nouvelle-Orléans et effectuer une tournée triomphale aux Etats-Unis.

Henri-Gatien Bertrand s’éteint en 1844. Contrairement à une légende tenace, il apparait donc par ses écrits comme très pragmatique, conservateur, certainement pas favorable à l’émancipation immédiate.

Les faits vont lui donner en partie raison, en ce sens que la législation va évoluer selon une politique de petits pas. Ainsi, en janvier 1840, il est possible pour l’autorité judiciaire d’enquêter sur les habitations afin de contrôler les conditions de vie des esclaves, au grand dam de certains propriétaires. En juillet 1845, la loi dite Makau assouplit le régime esclavagiste, instituant notamment une instruction religieuse et élémentaire. L’année suivante, les esclaves du Domaine public (car il y en avait) sont affranchis. Et, en 1848, dans le contexte d’une Seconde République venant juste d’être instaurée, l’abolition définitive est décidée à Paris (décret du 27 avril). Mais sur place, en Martinique, les maîtres suivent le mouvement avec hésitation. Parallèlement, croire que tout est venu du législateur serait une erreur car, localement, les esprits s’agitent vivement ; c’est du reste pour tenter de calmer des manifestations houleuses d’esclaves ayant envahi les rues de Saint-Pierre, entraînant des débordements de violence, et suivant l’avis d’édiles éclairés, que le gouverneur Rostoland signe, le 23 mai, un décret d’abolition propre à l’île, anticipant l’arrivée de la décision parisienne. Une initiative dictée par la pression de la plèbe, selon un scénario que le vieux soldat n’avait pas prévu, si on s’en tient à ses écrits.

N.B. : j’adresse mes plus vifs remerciements à Mme Michèle Naturel, Directrice des Musées de Châteauroux, ainsi qu’à M. Jean-Pierre Surrault, secrétaire général de l’Académie du Centre, et Mme Annette Surrault son épouse, pour la qualité de leur accueil et pour m’avoir facilité la consultation des papiers des plantations Dillon acquis par le Musée-Hôtel Bertrand de Châteauroux, ainsi que le fonds Bertrand J 86 des Archives départementales de l’Indre, sans oublier les lettres du général Bertrand conservées par les Archives municipales de Châteauroux. Je n’oublie pas non plus d’y associer M. Jacques Dion, ancien conservateur aux ANOM, pour ses conseils éclairés. Par ailleurs, je remercie tout aussi vivement M. Marc Sassier, œnologue des rhums Saint James, pour son travail de reconnaissance photographique des habitations des Coteaux et des Salines, ainsi que la société Philibon, actuelle propriétaire de la terre des Salines, qui a permis la prise de photos sur ce site.

Eléments de généalogie

La succession Dillon est rendue compliquée du fait de nombreux mariages et descendants potentiels. Voici quelques éléments permettant de repérer les principaux protagonistes.

Marie-Françoise-Laure de Girardin de Montgérald (1750-1817), mère de Fanny Dillon, était fille de Jean-Pierre G. de M. et de Claire Hook (d’où la présence de ce nom lors de la succession, d’autant que Laure de G. de M. avait, en 1786, acheté la sucrerie des Coteaux au chevalier Régis Hook, son oncle – on a affaire, avec Dillon, à un réseau jacobite).

Laure de G. de M. se marie une première fois avec Alexandre Levassor de Latouche de Longpré. De cette union naissent un garçon (Pierre) et une fille (Elisabeth) ; Elisabeth va épouser en 1798 Edouard de Fitz-James (d’où la présence des noms de Latouche et Fitz-James parmi les héritiers).

Devenue veuve, Laure de G. de M. a eu une liaison passionnée mais sans lendemain avec Alexandre de Beauharnais (pas encore marié à Joséphine), d’où est issu un garçon mort très jeune semble-t-il… Elle se remarie finalement en 1785 avec Arthur comte de Dillon (1750-1794). Celui-ci était veuf de Thérèse de Rothe. De cette union Dillon-Rothe était née Henriette Dillon, qui va épouser en 1787 Frédéric de la Tour du Pin Gouvernet.

Enfin, de l’union de Laure de G. de M. avec Arthur Dillon nait Elisabeth-Françoise (1785-1836), qui épouse en 1808 le général Henri-Gatien Bertrand (1773-1844).

[1] Agrégé d’histoire-géographie, docteur en histoire, enseignant au lycée Ozenne (Toulouse). Auteur de Toussaint Louverture, le Napoléon noir, Paris, Belin, 2014.

[2] « créole » signifie né(e) aux Amériques.

[3] Comme souvent, les biens de l’épousée prennent le nom du mari au moment du mariage ; c’est ainsi que la sucrerie Girardin des Salines est devenue Les Salines Dillon. Mentionnons pour mémoire l’existence d’une sucrerie Girardin (devenue Dillon) au nord du Fort-Royal, le long de la Rivière-Monsieur, mais Fanny Dillon n’en héritera pas.

[4] Document publié intégralement en annexe, issu du fonds Bertrand des Archives Départementales de l’Indre, J 86. A signaler que ce fonds contient d’autres lettres de divers correspondants du général, écrites lors de son second séjour en Martinique (novembre 182-juin 1843) avec son fils Napoléon.

[5] Laure de Girardin, décédée le 23 octobre 1817, laisse un héritage couvert de dettes et embrouillé (comme en témoignent les papiers des plantations Dillon, Musée-Hôtel Bertrand, Châteauroux), auxquels les différents héritiers renoncent, sauf Fanny Dillon, qui accepte sous bénéfice d’inventaire. Elle et son époux vont mettre un point d’honneur d’apurer progressivement ces dettes (dont des créances auprès de la famille du négociant Texier, de Saint-Pierre). Au décès de Fanny Dillon, en 1836, son époux réitère l’acceptation sous bénéfice d’inventaire ; se pose alors la question de ce qui peut être transmis aux enfants.

[6] Cote 183 APOM. Ce carton rassemble des brouillons de notes, des copies de correspondances envoyées ou des lettres reçues, des papiers officiels (textes de loi, passeport), des relevés statistiques sur la Martinique ainsi qu’en pièce annexe une affiche annonçant la vente aux enchères des propriétés Dillon en 1838.

[7] Individu ayant un parent blanc et un parent noir, selon les critères de l’époque. Dans cette logique sur l’origine du sang, un quarteron (1/4 de sang noir) a un parent blanc et un parent mulâtre, un grif (3/4 de sang noir) un parent mulâtre et un parent noir… De pareille approche s’ensuivait une stratification complexe.

[8] Le terme « habitation » désigne l’unité de production, qui regroupe à la fois le foncier (terrains et édifices), le matériel et le « mobilier » (esclaves, cheptel animal).

[9] En Martinique, le carré était une unité de surface correspondant à un carré de cent pas de côté, le pas valant 3,5 pieds de Paris ; un carré valait 1,29 hectare.

[10] Les termes de « nègre », « négresse », « négrillon »… sont d’usage courant et n’ont pas alors le caractère péjoratif qu’ils ont pris aujourd’hui.

[11] Administrateur appointé par le propriétaire.

[12] Sur ce séjour du général Bertrand, un premier travail a été établi (et consultable en ligne) par Jacques DION, « Archives de plantations aux Antilles », In Situ, revue des patrimoines, 20/2013 (« les patrimoines de la traite négrière et de l’esclavage »), dont cette citation est tirée.

[13] L’étude du séjour du général Bertrand en Martinique exhume donc un passé effacé sur les lieux mêmes. Indiquons ici que les papiers Dillon acquis par le Musée-Hôtel Bertrand de Châteauroux donnent quelques précisions sur la décennie précédant l’arrivée du général Bertrand. Vers 1826, il y avait aux Coteaux 96 esclaves (48 hommes, 48 femmes), donc davantage qu’au moment de l’arrivée du vieux militaire, une décennie plus tard. M. François Denaudry de Luppé s’occupait alors des intérêts de Fanny Dillon. Selon un acte notarié de 1827, on sait que cette sucrerie des Coteaux avait été achetée le 25 juillet 1786 par Laure de Girardin à son oncle Pierre-Joseph-Régis Hook, capitaine au régiment de Dillon, par devant Me Dossens, notaire à Paris, pour la somme de 350 000 livres ; une petite partie au comptant, et surtout le reste à crédit, ce qui va trainer en longueur et n’est pas encore soldé au moment du décès de Mme Girardin veuve Dillon en 1817 (Archives nationales, Minutier central, étude L, minutes de Me Cottenet, 30 mai 1827). Fanny Dillon et son époux règleront ce solde. Quant à l’habitation des Salines, elle possédait à l’arrivée du général Bertrand 172 esclaves (77 hommes, 95 femmes, soit un déséquilibre inhabituel – on rencontre ordinairement davantage d’hommes que de femmes). Pour ces deux sucreries, la production consistait en barriques de sucre, et en un peu de sirops résiduels (vendus tels quels, et non pas distillés sur place). Il existait aussi une petite caféière aux Coteaux.

[14] Charles Dupin (1784-1873), géomètre et ingénieur, homme politique, Pair de France.

[15] Voir Jacques DION, « Archives de plantations aux Antilles », In Situ, op.cit.

[16] Sur le contexte d’ensemble (crise et évolution de l’économie sucrière, abolition de l’esclavage), voir les chapitres 8 et 9 de Paul BUTEL, Histoire des Antilles françaises, Paris, Perrin, 2002.

[17] Dans ses notes reproduites ci-après, il donne d’autres précisions.

[18] Les trigonocéphales (dits aussi « fer de lance »), en net recul depuis, du fait de la diminution des surfaces plantées en cannes et de l’urbanisation.

[19] Accessible via Gallica, site en ligne de la Bibliothèque nationale de France.

[20] De janvier 1818 à mai 1838, le total des recettes s’élève à 1 896 608 F, celui des dépenses à 1 913 341 F, soit un déficit cumulé de 22 733 F. Rapporté en année moyenne fictive, on aurait de l’ordre de 94 800 F de recettes et 95 900 F de dépenses, soit 1 100 F de déficit annuel théoriquement supportable si on mise sur une meilleure récolte l’année suivante…

[21] François Pécoul (1798-1858) sera avec le mulâtre Cyrille Bissette député de la Martinique en 1849. Une partie des lettres de Pécoul (et des notes du général Bertrand) ont été reproduites dans Evelyne CAMARA, Isabelle DION, Jacques DION, Esclaves, regards de Blancs 1672-1913, Marseille, Images en Manœuvres Editions, 2008.

[22] Des extraits ont été publiés dans Evelyne CAMARA, Isabelle DION, Jacques DION, Esclaves, regards de Blancs…, op.cit. (note précédente).

[23] Pour la même raison, après l’abolition de 1848, il va y avoir une chute des effectifs des ouvriers agricoles, entraînant la mise en place d’une politique d’engagement d’une main d’œuvre indienne et africaine.

[24] Le recensement inclus dans les papiers Bertrand indique que, sur une population totale de 115 000 habitants, on compte environ 8 900 Blancs (quasiment 8% du total), 28 900 libres de couleur (25%) et 78 000 esclaves (67%). Les libres de couleur sont propriétaires de 17% des esclaves recensés.

[25] Sur l’attitude libérale de François Pécoul, voir Paul BUTEL, Histoire des Antilles françaises, op. cit. p. 343-344 (édition de poche).

[26] Bertrand cite des exemples progressistes, comme l’idée d’une sorte de jury de tribunal pratiqué par F. Pécoul, mais qui n’effacent pas des cas d’abus de pouvoir manifestes et illégaux, ayant entrainé des procès retentissants (affaire de Jaham, 1845, par exemple), indépendamment du fait que la mise en place de procès soit en elle-même un progrès. Voir aussi Fréderic REGENT, Gilda GONFIER, Bruno MAILLARD, Libres et sans fers, Paris, Fayard, 2015.

[27] En bon militaire, il rédige aussi un rapport sur les défenses de la Martinique.

[28] Idées plaquées sur un monde rural, alors qu’en métropole même, l’urbanisation et le brassage croissant des populations remettent en cause cette vision. Voir la célèbre thèse (1958) de Louis CHEVALIER, Classes laborieuses et classes dangereuses (réédition Perrin, 2007).

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *