Facebooktwitterpinterestlinkedinyoutubeinstagram

Parmi les destins hors normes des natifs de la Martinique qui se sont hissés dans les pages de l’histoire de France il y a certainement celui d’Auguste Fébvrier Despointes qui le 24 septembre 1853, au nom du gouvernement français et plus précisément de Napoléon III, faisait de la Nouvelle-Calédonie une  terre française.

Voilà ! 

Cet article pourrait s’arrêter : vous savez l’essentiel !

Étrangement en effet des dizaines d’articles aussi bien dans les ouvrages d’histoire, mais aussi de géographie, de sciences politiques ont consacrés quelques paragraphes à Fébvrier Despointes.

 Cette multitude d’articles permet  surtout de s’interroger sur ce qu’il était en réalité ou, vu sous une autre perspective, si ce qui a été écrit sur lui pourrait nous en dire plus.

 Celui qui n’a pas l’habitude des recherches universitaires pourrait penser que le fait de trouver des dizaines d’articles consacrés au même sujet (ici à la même personne) permettrait de mieux connaître celui-ci et de se faire une opinion  précise de ce qu’il était. Est vraiment le cas ?

On sait qu’il est né le 29.04.1796 d’une famille qui dans certains des articles consultés est présentée comme établie depuis longtemps sur l’île, en effet son père Nicolas François Marie Febvrier-Despointes, est né lui-même le 30.04.1755 au Vauclin ainsi que sa mère Louise Camille Duval (de) Grenonville,  née le 09.11.1757 fille de Jean Lambert et de Marie Jeanne Huighues,  et qu’il a été baptisé le 17 mai 1796 au Vauclin 

Le jeu de piste commence d’ailleurs immédiatement puisque, vers la fin de sa vie, il dira être né aux états unis alors que son père, d’après ce qu’il en disait, aurait rejoint les insurgés américains luttant pour leur indépendance

Sur les registres de baptême on lit en effet que son père est dit « aide major du bataillon, demeurant en cette paroisse et actuellement à la Nouvelle Angleterre ».

Il existe donc un doute raisonnable sur le fait qu’il aurait pu naitre aux états unis et n’arriver en Martinique qu’à la veille de son baptême, encore faudrait-il identifier le bateau qui l’aurait amené vers l’ile, ce qui n’est peut-être pas une tache aisée.

Quand à avoir un père « aide major du bataillon…. » (sans doute la milice du Vauclin) ce père deviendra, dans ce qu’il indique au moment d’une escale aux états unis, colonel des marines, membre de la société de Cincinnati et doté, pour ses bons services, d’un domaine en Pennsylvanie où résidait sa sœur.

Pour mémoire la société de Cincinnati est sans doute l’un des « clubs » les plus fermés du monde occidental puisque n’y entrent, par transmission héréditaire, que les descendants des officiers français ayant servi pendant la guerre d’indépendance des états unis.

A titre d’anecdote on retiendra que plus de 80% d’entre eux portent un titre (nous sommes dans la marine d’ancien régime et nombreux sont les officiers « rouges » issus des grands corps ou l’admission se fait-surtout- sur vérification des quartiers de noblesse) et, qu’il y a quelques dizaines d’années, si l’on se rappelle les confidences du « canard enchainé » un président de la république qui avait « relevé un nom » s’est vu refusé d’assister à un repas du Cincinatti.

D’ici à dire que notre héros à de l’imagination il n’y a qu’un pas ….qu’on peut franchir !

Depuis  son entrée en 1811 à l’École de marine de Brest à l’âge de 15 ans jusqu’à la fin de sa vie, il restera sous l’uniforme et, au gré des campagnes, représentera les intérêts de la France partout où les missions diplomatiques ou militaires vont l’envoyer

Dès 1814, il embarque pour sa première campagne vers les Antilles ou il reviendra à intervalles réguliers entre 1818 et 1822 puis, hélas, en 1823 pour faire naufrage au large de PORTO RICO et encore entre 1828 et 1827/28 et en 1836 au commandement de l’ASTREE.

Ses promotions régulières et le grand nombre de ses affectations en mer attestent d’une carrière certainement brillante et active qui le verra aller du Sénégal au brésil puis dans l’océan indien (ou, à Madagascar il interviendra tant comme diplomate que comme militaire) sans oublier son rôle devant Oran pendant la conquête de l’Algérie.

Il mettra d’ailleurs son séjour Algérien à profit pour sacrifier à son gout de l’archéologie qu’il retrouvera bien des années plus tard lors d’escales en Amérique du sud.

Avant les deux épisodes sur lesquels je voudrais retenir votre attention, il faut noter qu’en 1844 il épouse Anne Marie Elisabeth (Nina) Papin de Thévigné, fille de Jean-Baptiste François et de Marie Madeleine Catherine Gruet, veuve de Joseph François Louis Raymond Le Normand de Morando de Poligny.

Cette union mérite sans doute quelques commentaires :

Tout d’abord Madame de THEVIGNE est native de SAINT PIERRE, peut-on y voir un attachement pour la Martinique, une volonté de s’inscrire dans une continuité familiale ou est-ce simplement un des hasards de la vie ?

D’autre part à partir de ce moment, ce qui nous renseigne sans doute aussi bien sur l’homme que sur l’époque, le futur amiral signera FEBVRIER DE POLIGNY DES POINTES, c’est d’ailleurs ce qui figure sur sa sépulture.

Sans tomber dans des commentaires de bistrot, voilà enfin un nom dont pouvait rêver un officier supérieur au XIX éme !

La particule qu’il espérait sans doute secrètement, lui qui au fil des documents utilise aussi souvent DESPOINTES que DES POINTES, lui arrive comme la plus belle des dots.

D’aucun ont du sourire en se demandant par quelle acrobatie le nom de cette famille qui remonte à l’an 900 a pu s’accoler aux LENORMAND et les mêmes se sont sans doute interrogés sur les possibilités qu’il y avait à s’attribuer le nom du défunt mari de son épouse.

Pour modérer le propos retenons que la transmission des noms est une particularité récente et occidentale : elle n’existe tout simplement pas dans certaines cultures et, au fil des circonstances de la vie (déménagements, changement de milieu) ne se généralisera en Europe qu’autour des XVII/ XVIII siècles.

Ce commentaire est d’autant plus vrai s’agissant des outres mers ou les exemples de « nom de branche » sont nombreux et s’agissant du nom DESPOINTES qui est accolé à une autre famille pour, selon certains auteurs, de simple raisons d’alliance.

Mais remontons à bord, larguons les voiles et évoquons enfin les deux moments de sa carrière que retiendra l’histoire.

À partir de 1840 la France se cherche de nouvelles terres dans le Pacifique pour diverses raisons.

Certains pays ont d’ores et déjà les terres de déportation réservées aux bagnards que l’on souhaite expulser ; la Sibérie pour la Russie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour l’Angleterre.

Pour la France les conditions climatiques très dures de la Guyane font qu’elle cherche une autre destination possible pour éloigner ceux qui encombrent ses prisons.

De la même manière au 19e la grandeur où l’influence d’un pays sont souvent comprise comme directement proportionnels à l’étendue de son domaine colonial, si l’Angleterre a d’ores et déjà revendiqué les terres les plus importantes du Pacifique, les navigateurs français qui sillonne ces mers depuis des siècles ont déjà reconnu quelques endroits qui pourraient agrandir l’emprise coloniale.

La Nouvelle-Calédonie a été depuis longtemps découverte par Cook qui lui a donné le nom de la terre d’origine de ses ancêtres, elle est l’objet d’escales régulières tant par les baleiniers que les santaliers et a vu récemment s’installer des missionnaire tant catholiques que protestants.

Les incidents entre les populations locales et les nouveaux arrivants feront par ailleurs de nombreuses victimes dont les dernières en date, à l’époque, sont  12 marins de l’alcméne dont le commandant , le comte d’Harcourt , a promis qu’ils seraient vengés.

L’amiral Février Despointes à 56 ans, en septembre 1852, reçoit le commandement de « la division navale de l’Océanie et des côtes occidentales d’Amérique » et se rend dans les eaux de l’ile en septembre 1853 pour en prendre possession au nom de la France.

« Je soussigné, Auguste Febvrier-Despointes, contre-amiral, commandant en Chef des Forces Navales Françaises dans la Mer Pacifique, agissant d’après les ordres de mon Gouvernement, déclare prendre possession de l’île de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances au nom de S.M. Napoléon III, Empereur des Français. En conséquence, le pavillon français est arboré sur ladite île de Nouvelle-Calédonie qui, à compter de ce jour 24 septembre 1853, devient, ainsi que ses dépendances, colonie française ……. ».


Cette prise de possession restera longtemps théorique puisque ce n’est qu’au fil des années que le territoire va être peuplé d’abord, bien involontairement, par les bagnards, dont ceux de la commune, qui y seront déportés puis par des colons qui bénéficieront d’incitations pour essayer de peupler le territoire.

C’est, loin de la métropole, le début d’une histoire qui des révoltes kanaks du 19e siècle à l’extraordinaire explosion économie des années 60 à 70 et au débat politique actuel fait toujours partie de l’actualité française.

La brièveté du passage de Février Despointes est quasiment inversement proportionnelle à l’importance qu’il va jouer sur l’avenir de ce territoire puisqu’il en est, si ce n’est le découvreur, au moins celui qui va la rattacher à la France.

Enfin, et l’histoire nous fait un nouveau clin d’œil, la capitale de ce nouveau territoire s’appellera longtemps Port de France provoquant bien des erreurs de courrier jusqu’à ce que, dit-on, la livraison des pièces d’un phare (! ) destiné à Fort de France n’incitent les autorités à changer de nom.

La dernière aventure à laquelle nous invite Despointes se passe pendant un conflit qui est depuis longtemps oubliée à savoir la guerre franco-russe qui de 1853 à 1856 qui opposera la coalition Anglo – Franco-Turque à la Russie pour essayer de limiter l’expansion territoriale de celle-ci.

Dès son départ de ce qui était désormais la Nouvelle-Calédonie, les ordres que reçoit Despointes l’amènent à remonter le Pacifique vers la presqu’île du Kamchatka ou il arrive après une halte le 15 juillet aux îles Hawaii.

De fait ce siège s’achèvera, après de très longues semaines de bombardements et de tentatives de débarquement sur les côtes russes de Petropavlosk, par le retrait de  la flotte française puisque malgré une supériorité en hommes et en matériel les tentatives de prise de la citadelle échoueront.

le 7 septembre 1854 l’escadre de Despointes mettra le cap vers l’Amérique du Sud.

C’est là et plus précisément au large du Pérou que le 5 mars 1855 va s’éteindre celui que nous avons accompagné sur ces quelques pages.

Si votre route passe par la Bretagne, passez le saluer dans le cimetière du château de  Kerbastic, il y repose.

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *