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René Maran naît le 5 novembre 1887, sur le bateau qui emmène ses parents vers la Martinique. Un signe du destin, peut-être, car il demeurera toute sa vie et à travers ses œuvres littéraires dans une interrogation philosophique entre deux amours, entre deux continents, l’Afrique et l’Occident.

Il sera déclaré à Fort de France le 22 novembre 1887. Ses parents, Marie Corina Lagrandeur et Herménégilde Maran font partie de la classe bourgeoise moyenne des Antilles. Ce dernier est un fonctionnaire colonial missionné au Gabon.

Dès l’âge de six ans, il est placé, au pensionnat du lycée de Talence puis dans celui du lycée Montaigne de Bordeaux et ne voit ses parents qu’au rythme de leurs séjours en métropole, trop rarement.

René Maran restera marqué par cet abandon qu’il exprimera des années plus tard dans ses romans. Lorsque l’adolescent, dans Le cœur serré (1931, Paris, Éd. Albin Michel) voit disparaître la voiture de ses parents venus l’accompagner au lycée, il se lamente : « Ils m’ont trahi, […] ils sont partis. Ils ont emporté mon passé. Ils ont emporté mon enfance. Désormais, je n’ai plus rien, ni papa, ni maman. Je suis seul sur la route déserte, seul en mon cœur, seul devant la vie. » (Maran, 44)

En 1909, il participe à l’écriture d’articles dans une revue lilloise d’art et de littérature : le Beffroi. Puis en 1912, il devient administrateur d’Outre-mer en Oubangui-Chari, grâce aux relations de son père, haut-fonctionnaire de l’administration coloniale. Mais ses désaccords avec cette « très belle administration » ne tardent pas à se manifester et plus particulièrement dans le roman qu’il commence à écrire durant cette période, Batouala, où il dénonce avec virulence les pratiques coloniales en Afrique.

L’un de ses fidèles amis, Manoël Gahisto, propose son roman Batouala, pour le Prix Goncourt qui est décerné pour la plus grande surprise de la presse à René Maran en 1921. Il s’ensuit ce qui a été appelé « le scandale du Goncourt de 1921 ». Le journal Le Petit parisien, très conservateur et à tendance populaire, entre les deux guerres, publie un article au vitriol, le 15 décembre 1921 :

« M. René Maran, administrateur colonial, domicilié à fort Archambault, à deux journées de marche du lac Tchad, au milieu de noirs qui lui ressemblent comme des frères, a reçu hier le prix Goncourt (….) Depuis l’année 1903 , époque où fut décerné le premier prix Goncourt, c’est la première fois que les noirs jouent et gagnent » (…) sa qualité de nègre (…) a séduit les Dix de l’Académie Goncourt épris de couleur et d’étrangeté ».

René Maran a été le premier écrivain noir à accéder à la distinction du Prix Goncourt.

Dans les pas de René Maran, d’autres grands écrivains s’insurgent également contre le système colonial français, notamment André Gide avec Voyage au Congo (1927) et Albert Londres avec Terres d’ébène (1929).

René Maran côtoie dans les années 1930, Léopold Senghor, Aimé Césaire, Léon Gontran-Damas. Ces derniers le considèrent comme le précurseur du mouvement de la négritude. René Maran exprime pourtant des réserves sur ce mouvement qui ne correspond pas véritablement à ses convictions et contraste avec sa forte adhésion au régime de la IIIe République prônant l’égalité. Cette distanciation sera probablement l’une des raisons pour lesquelles il est devenu un écrivain oublié de la littérature antillaise.

Parmi les romans de René Maran dont l’inspiration oscille entre l’objectivisme de Flaubert et les couleurs de l’Afrique, le plus marquant est Un homme pareil aux autres, Paris, Éditions Arc-en-Ciel, 1947, si ardemment décrié par le psychiatre martiniquais Frantz Fanon.

René Maran meurt à Paris le 9 mai 1960.

Bibliographie

 

Romans:

  • Batouala, véritable roman nègre. Paris: Albin Michel, 1921, 1938. Avec des illustrations de Lacovleff. Paris: Éditions Mornay, 1928. Édition définitive avec « Youmba, la mangouste »: Albin Michel, 1985, 1989, 1999. Avec une présentation, notes, questions et après-texte par Josiane Grinfas: Paris: Magnard, 2002.
  • Djouma, chien de brousse… Paris: Albin Michel, 1927.
  • Journal sans date, roman inédit. Les Oeuvres libres(Paris) 73 (1927): 105-236.
  • Le cœur serré. Paris: Albin Michel, 1931.
  • L’homme qui attend, roman inédit et complet. Les Oeuvres libres(Paris) 176 (1936): 37-130.
  • Un homme pareil aux autres. Paris: Éditions Arc-en-Ciel, 1947.
  • Mbala, l’éléphant. Illustrations de G. Barret. Paris: Éditions Arc-en-Ciel, 1947.
  • Bacouya, le cynocéphale. Paris: Albin Michel, 1953.

Essais:

  • Asepsie noire !Paris: Laboratoires Martinet, 1931, 45 p.; Paris: Jean-Michel Place, 2006, 64 p.
  • Le Tchad de sable et d’or. Documentation de Pierre Deloncle. Paris: Revue française, 1931.
  • Afrique Équatoriale Française: terres et races d’avenir. Illustré par Paul Jouve. Paris: L’Imprimerie de Vaugirard, 1937.
  • Livingstone et l’exploration de l’Afrique. Paris: Gallimard, 1938.
  • Brazza et la fondation de l’A.E.F.Paris: Gallimard, 1941.
  • Les pionniers de l’empire. Paris: Albin Michel, 1943-55. Tome 1: Jean de Béthencourt. Anselme d’Isalguier. Binot le Paulmeir de Gonneville. Jacques Cartier. Jean Parmentier. Nicolas Durand de Villegaignon. Jean Ribaut. Tome 2: Samuel Champlain. Belain d’Esnambuc. Robert Cavelier de la Salle. Tome 3: André Brüe. Joseph-François Dupleix. René Madec. Pigneaux de Behaine.
  • Savorgnan de Brazza. Paris: Éditions du Dauphin, 1951.
  • Bêtes de la brousse. Paris: Albin Michel, 1952.
  • Félix Éboué, grand commis et loyal serviteur, 1885-1944. Paris: Éditions Parisiennes, 1957.
  • Bertrand du Guesclin, l’épée du roi. Paris: Albin Michel, 1960.

Nouvelles:

  • Peines de cœur. Paris: « Univers, » 1944. (« Peines de cœur », « L’homme qui attend », et « Deux amis »).
  • Le petit roi de Chimérie, conte. Préface de Léon Bocquet. Paris: Albin Michel, 1924, 237 p.

Poésie:

  • La maison du bonheur. Paris: Le Beffroi, 1909.
  • La vie intérieure; poèmes (1909-1912). Paris: Le Beffroi, 1912.
  • Le livre du souvenir, poèmes, 1909-1957. Paris: Présence Africaine, 1958, 2021.

Correspondance:

  • Correspondance Maran – Gahisto. Introduction de Romuald Fonkoua, avec la collaboration de Bernard Michel. Paris: Présence Africaine, 2021.

Prix et distinctions littéraires:

  • 1921 – Prix Goncourt, pour Batouala.
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