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En cette période de commémoration de la Libération de la France à la fin de la seconde guerre mondiale, je souhaite rendre hommage à des membres de ma famille, Michel de Reynal de Saint Michel et René de Reynal de Saint Michel, mes oncles paternels qui se sont courageusement et volontairement engagés, avec mon grand père Edouard, dès juillet 1941, dans les Forces Françaises Libres aux côtés du Général de Gaulle, tous deux en tant que pilotes militaires exerçant leurs missions au sein de la Royal Air Force.

Michel et René ont été formés sur différents avions de combat avant d’être intégrés dans les squadrons 341 (Groupe de Chasse Alsace) et 340 (Groupe de Chasse Ile de France) des Forces Françaises Libres, ceux-ci étant fusionnés avec la Royal Air Force britannique.

Le Groupe de Chasse Alsace, créé en septembre 1941, est une unité commandée par Jean Tulasne et composée de deux escadrilles : l’escadrille « Strasbourg » et l’escadrille « Mulhouse ». A la fin du mois de janvier 1943, sur la base de Turnhouse à Édimbourg en Écosse, le groupe Alsace (no 341 Free French Squadron pour la Royal Air Force) est réorganisé et repris en main par le commandant René Mouchotte. Au début du mois d’avril 1943, les missions sur la France débutent. Les pilotes sont chargés d’escorter les bombardiers alliés et se trouvent confrontés aux chasseurs allemands. Les combats sont intenses et au bout de six mois, le groupe perd son chef, le commandant René Mouchotte.

L’unité porte alors, à son crédit, 26 victoires homologuées.

A Perranporth en Cornouailles, les deux groupes de chasse Alsace et Île-de-France ainsi  que l’Escadrille des Cigognes sont regroupés en une escadre de chasse qui réalise des missions de protection de convois maritimes et de reconnaissance au-dessus de la Bretagne. En avril 1944, il est déplacé sur la base de Manston.

Le 6 juin 1944, le groupe Alsace est affecté au soutien des troupes au sol lors du débarquement de Normandie et effectue des missions de destruction sur les positions de la Flak et sur les bases de lancement de bombes volantes V1. Les Spitfire s’envolent avec des bombes de 250 livres pour détruire les rampes de lancement.

Le 12 juin, les pilotes atterrissent et s’installent en France, à proximité de Bayeux puis doivent changer de bases, plusieurs fois, au fur et à mesure de l’avancée des alliés.

Le 26 août 1944, le commandant Jacques-Henri Schloesing, alors à la tête du groupe, est abattu en vol et remplacé par Jacques Andrieux.

Les pilotes opèrent au-dessus de Dunkerque, de la Belgique, de la Hollande et des Ardennes. A Eindhoven ils continuent des missions de combat au-dessus de l’Allemagne jusqu’à la libération.

A la fin de la guerre, le groupe a effectué plus de 9 000 heures d’opération, plus de 4 500 sorties dont 655 bombardements en piqué. Il compte 41 victoires confirmées, 14 probables, 27 navires coulés et plus de 500 véhicules détruits au sol. Le groupe a perdu 21 de ses pilotes au cours de ces combats.

Michel de Reynal nous a transmis ci-après, le journal de leur parcours de combattants ainsi que les documents y afférents :

« Le vendredi 18 juillet 1941 est la date de notre départ de l’Anse Cafart en gommier avec trois parmi cinq frères de nos connaissances. Partis vers 6 heures 20 du matin, nous arrivons à 13 heures 20 à Gros-ilet, à Sainte-Lucie. La mer était agitée et j’ai eu le mal de mer, contrairement à mon frère René qui n’a pas été malade durant cette traversée ! Nous nous rendons au village puis au poste de police. L’attente est vraiment longue et pour tromper le temps, nous engageons la conversation avec les employés dont nous avons du mal à comprendre le français rudimentaire. Nos ventres vides et la peau de nos visages brûlés par le soleil s’ajoutent à la fatigue. On nous amène, en voiture, au poste de police de Castries. La conduite sur la voie de gauche est assez surprenante. Le Major anglais qui nous accueille est très sec. Nous arrivons enfin à l’hôtel Shamrock où nous déjeunons et passons la nuit.

Le samedi 19 juillet, nous retournons au poste de police et retrouvons le major dont l’humeur s’est nettement adoucie. La présence du consul M. Andrieux, homme charmant qui d’ailleurs nous invite à dîner dans la soirée, est probablement la raison de ce changement d’attitude à notre égard. « Patsy », la fille du consul, vient nous chercher et nous passons une agréable soirée avec un « ti-punch » et un bon dîner.

Le dimanche 20 juillet, après la messe, nous profitons d’un bain de mer avec Patsy puis nous retournons au poste de police. Nous obtenons nos billets pour embarquer sur un navire du nom de « Lady Hawkins » et faisons des adieux emplis d’émotion au Major. Nous tentons un premier sommeil sur le pont mais notre état d’appréhension ou d’excitation nous en empêche et à minuit, nous regagnons nos cabines.

Nous débarquons à Trinidad, deux ou trois jours plus tard, après de brèves escales à Saint Vincent, la Barbade et Grenade. Nous faisons connaissance avec M. Adigard des Gautries, représentant des Forces Françaises Libres (FFL) pour les Antilles. Nous sommes conduits à une chambre alcôve avec plafond en grillage métallique située dans un vaste hangar. Nous séjournons durant une semaine à Port-au-Prince et dînons souvent chez nos cousins qui y résident.

Le 5 août 1941, M. Adigard des Gautries nous transmet un document certifiant que nous avons rejoint les Forces Françaises Libres.

Dès les jours suivants d’août 1941, nous embarquons sur le S.S. Frankonia, navire rapide, sous escorte, qui transporte vers l’Angleterre les Air Crews (équipage de pilotes d’avions) formés dans le Commonwealth (Rhodésie, Afrique du Sud…). 

Ce voyage nous a laissé un agréable souvenir, car il fut des plus confortables, de bons plats et de nombreuses salles de bains. Le navire ne transportait que très peu de passagers civils et étant les seuls français à bord, nous ne risquions pas d’être importunés.

Nous arrivons à Liverpool (Birkenhead) en passant très au Nord et nous voyons le givre sur le pont pour la première fois. Puis à peine débarqués, nous prenons déjà le train pour Londres. Un policier en civil nous accompagne durant ce trajet qui se passe en partie de nuit. Nous arrivons à Londres, au petit matin, et sommes dirigés vers le Patriotic School où sont rassemblés les étrangers en cours de régularisation.

Environ deux jours après, nous sommes conduits au « Ranelagh Club » situé non loin de Putney Bridge. Nous découvrons un immense club désaffecté qui tient lieu de bureau d’incorporation des FFL. C’est là que nous signons, le 21 août 1941, notre engagement dans les Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL). Mon numéro matricule est le 30815 et celui de mon frère René est le 30814.

Après une quinzaine de jours environ, nous sommes amenés à « Old Dean Camp » à Camberley (Surrey), dirigé par le capitaine Charles. Ensuite, nous sommes ramenés sur Londres, afin de passer l’examen du Personnel Navigant de la Royal Air Force (RAF).

L’entraînement des pilotes de la Royal Air Force dont nous faisions désormais partie s’est déroulé en différentes étapes sur des avions à moteur unique ou bimoteurs exclusivement réservés pour notre maîtrise d’engins de plus en plus performants ainsi que des vols de nuit. La série d’entraînements commencés en avril 1942 se termineront en juin 1943. Différents avions tels que le Tiger Moth ou le Stearman ou le Harvard servaient aux manœuvres.

  • Grading Course à N° 22 Elementary Flying Training School (EFTS) – Cambridge – Tiger Moth, Avril 1942.
  • N° 31 EFTS à De Winton (Alberta) – Commencé le 27 juillet 1942 sur Stearman (PT27).
  • N° 32 Service Flying Training School (SFTS) à Moose Jaw (Saskatchevan) – Commencé le 30 octobre 1942 sur Harvard II.
  • N° 34 SFTS à Medicine Hat (Alberta) – Commencé le 30 octobre 1942 sur Harvard II.
  • Remise des Ailes de la RAF (remise d’insigne destiné aux pilotes militaires) le 22 janvier 1943.
  • N° 5 (P) AFU à Tern Mill (Stropshire) – Commencé le 11 mars 1943 sur Miles Master I et III.
  • N° 57 OTU à Eshott (Northumberland) – Commmencé le 16 avril 1943 sur Spifire I et II et Miles Master I.
  • N° 57 OTU ( Advanced Course) à Boulmer – Commencé le 2 juin 1942 et terminé le 24 juin 1943.

S’ensuivent les affectations de vols aériens démarrant le 12 juillet 1943 à Biggin Hill pour se terminer en Allemagne le 16 avril 1945. »

Michel de Reynal de Saint Michel a reçu des témoignages du Général Commandant de son régiment d’affectation, ainsi que plusieurs décorations et médailles dont ceux de Chevalier de la légion d’honneur, d’Officier de l’Ordre National du Mérite ainsi que la Médaille de la résistance avec rosette et la Croix de Guerre.

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