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Les « 225 têtes d’esclaves » comptées fin 1777 au service des activités de l’hôpital ou de ses dépendances se répartissent sauf erreur (deux prénoms ambigus, Alix et Sitre) en 120 hommes (55% de l’effectif, âge moyen : 29 ans 9 mois) et 105 femmes (45%, âge moyen : 26 ans 9 mois). La disproportion n’est donc pas trop grande. En revanche, il y a un net clivage quant aux « talents ». Si on observe la population ayant dépassé les 10 ans, susceptible d’avoir une activité précise, sur 102 hommes 70 ont une qualification, soit 68% de qualifiés (et déjà, avant l’âge de 10 ans, deux garçons sont en formation). Pour les 80 femmes concernées, seules 19 ont une qualification, soit 23% d’entre elles. Nette ségrégation des tâches également : aux hommes la construction, l’agriculture, l’artisanat et l’aide médicale, aux femmes d’abord la lessive et la couture.

On ignore leur origine, les « nations » n’étant pas mentionnées (mais trois esclaves « mulâtres », c’est-à-dire issus d’un parent blanc et d’un parent noir, sont indiqués). La forte proportion de jeunes ne veut pas forcément dire qu’ils sont natifs de l’île (« créoles »). On ne peut donc rien en déduire quant à la politique éventuellement nataliste des pères de la Charité, ou de leur mode d’acquisition de main d’œuvre servile ; la pyramide des âges est classiquement déséquilibrée en faveur des adultes productifs. Cependant, quasiment les trois quarts des esclaves sont regroupés par familles, usage qui remonte au siècle précédent mais qui a disparu sur nombre d’habitations (faut-il y voir le souci des pères de la Charité de maintenir une cohésion susceptible de participer à l’équilibre, au bien-être de leurs esclaves ?). Ce regroupement par familles va du couple sans enfants à des groupes de 11 personnes. L’une d’elles (la n°11, quatre personnes) ne regroupe que des hommes. Aucune autre mention de lien de parenté n’étant indiquée – pas même la filiation mère-enfant, habituellement mentionnée dans les inventaires – il n’est pas simple d’interpréter ces regroupements. Les « sans famille », au nombre de 60, se répartissent en 43 hommes et 17 femmes, leur âge oscillant surtout entre 20 et 40 ans (mais on trouve aussi des enfants et quelques quadragénaires et cinquantenaires), la plupart ayant une qualification. L’âge moyen de ces « sans famille » est de 26 ans.

          L’état sanitaire général semble bon, sont seulement mentionné une infirme (Claudine) et un estropié (Gilles). Faut-il y voir la proximité de l’hôpital et les soins que les pères portent sur leur population servile ? Mais rien n’est dit sur la sévérité de l’encadrement et le régime quotidien des esclaves.

          Les prénoms sont, dans la très grande majorité des cas, chrétiens. On relève cependant quelques exceptions : références à la mythologie (Adonis, Jupiter) ou des prénoms de fantaisie (Sitre – pour citre, sorte de citrouille ? –, La Rochelle), certains tirant vers le surnom (Sans-Souci, Bon Souhait, Laventure…). Des esclaves ont véritablement un surnom, tels Gabriel dit Couassi, Françoise dite Mathijoutte, Cléophas dit La Tulipe ou Jean-Louis dit Lafleur. Barbe Saint-Domingue vient probablement de cette grande colonie française. Certains esclaves sont affublés du sobriquet « petit » ou « vieux ». Enfin, on relève quelques patronymes de consonance africaine (alors que les esclaves n’ont généralement pour identité qu’un seul prénom) : Habos, Cacoué, Zo, Moco. On relève aussi un Lafeuillade ; Prêcheur renvoie à une bourgade de Martinique (au nord de Saint-Pierre), peut-être le lieu de provenance des esclaves ainsi dénommés. Portugais signifie peut-être provenant du Brésil. L’incertitude demeure quant à Daubat ou Lavocat.

Annexe 1

Pyramide des âges des esclaves de l’hôpital Saint Jean-Baptiste de Saint-Pierre en novembre 1777

Annexe 2

« Dénombrement des nègres et négresses des habitations et de ceux qui sont au service de l’hôpital et de la maison conventuelle »

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