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Françoise d’Aubigné voit le jour le 27 novembre 1635, à la prison de Niort dans le Poitou en France, un lieu de naissance quelque peu singulier, pour un destin tout aussi singulier et extraordinaire que celui d’une « presque » Reine, épouse de Louis XIV. Les premières années de l’enfance et de l’adolescence de la marquise de Maintenon vécues en Martinique sont méconnues ou passées sous silence. Pourtant le surnom de « Belle indienne » évoquera
longtemps son séjour dans les îles.

Petite-fille d’Agrippa d’Aubigné, fille de Constant d’Aubigné et de Isabelle Jeanne de Cardilhac, Françoise d’Aubigné est issue d’une famille noble, protestante et désargentée. Ces origines lui vaudront les critiques les plus haineuses de certains courtisans et certaines favorites de la Cour Royale.

Mathieu Auguste Geffroy (1820-1895), historien, déclare dans son livre Madame de Maintenon, d’après sa correspondance authentique : choix de ses lettres et entretiens « Aucune existence n’ a été plus diversement jugée. La Duchesse d’Orléans poursuit de sa haine celle qui n’est à ses yeux, dit elle, qu’une misérable concubine. Saint Simon ne se lasse pas de médire de la « chêtive veuve, de naissance obscure et à peu près honteuse, d’ une vie misérable, basse, qui voulant se mêler de toutes les affaires, s’est laissée tromper comme à plaisir et n’a été que la reine des dupes ». La Baumelle, de son côté, accumule sur elle les inventions les plus grossières. Madame de Sévigné, si sévère pour quelques autres, nous la montre, au contraire, pleine d’esprit, de tact aussi bien que de charme. Voltaire la venge « des anas, des chroniques scandaleuses et des contes dont elle a été l’objet. » »

Vu ce contexte relativement conflictuel, ce texte ne prétend pas relater le parcours de Françoise d’Aubigné, mais seulement donner un éclairage critique sur certaines périodes de sa vie telles que son enfance antillaise, sa supposée influence sur la révocation de l’édit de Nantes ou encore sur l’élaboration du Code Noir.

Des versions différentes concernant la biographie de Françoise d’Aubigné ont été publiées entre le XVIIe et le XIXe siècle. Cependant, elles relatent une trame semblable sur son enfance dans les îles d’Amérique et particulièrement en Martinique.

Constant d’Aubigné (1585-1647), le père de Françoise d’Aubigné, future Mme de Maintenon, était un grand aventurier cherchant fortune dans les nouvelles colonies. Des relations d’affaires avec les Anglais concernant des territoires coloniaux seraient à l’origine d’accusations de trahison qui donnent lieu à son emprisonnement à Bordeaux puis à Niort au Château-Trompette sous le commandement, semble-t-il, du duc d’Epernon. Il rencontre dans ce lieu, Jeanne de Cardilhac, fille du lieutenant de Cardilhac chargé de la garde du château. Il épouse cette dernière et auront trois enfants dont Françoise.

Le nom de Constant d’Aubigné est mentionné dans les mémoires du premier voyage de Pierre Belain d’Esnambuc, gouverneur de Saint-Christophe, à la Martinique en 1635. Il est également cité dans les archives de la famille du Buc :
« Mr du Plessis d’Ossonville avait préparé, dans une auberge de Dieppe, avec Jean-François du Buc un armement pour les Antilles, grâce à son « parent éloigné », disait-on, le cardinal. Ils signèrent un accord particulier le 14 février 1635. Ces trois hommes (Messieurs du Plessis d’Ossonville, Lyénard de l’Olive, et du Buc du Fontenil) ainsi que Constant d’Aubigné, père de Mme de Maintenon, réussirent à convaincre des malheureux engagés grâce à leurs fallacieuses promesses de racoleurs. Ces quatre Français menèrent donc la malheureuse expédition martiniquaise du 23 juin 1635 (un des vieux documents dit également le 25). Un mois auparavant, tout ce monde s’embarqua sur deux navires, dans le port de Dieppe, le 25 mai 1635. […] D’Aubigné repartira un plus tard (en 1636) à Saint-Christophe. »

Françoise d’Aubigné passera ses premiers mois chez Madame de Villette, sa tante protestante, parente de Constant d’Aubigné, au château de Mursay, au nord de Niort. Son père sortira de la prison de Niort, après la mort du cardinal de Richelieu.

Constant d’Aubigné n’aurait emmené sa famille en Martinique que quelque mois plus tard en 1637, lorsque Françoise atteint ses dix-huit mois. En 1645, il fut agréé par la compagnie des Iles de l’Amérique afin de s’installer à Marie-Galante, dépendance de la Guadeloupe, avec «commission de gouverner pour trois ans et assurance pour trois autres ». Françoise a alors dix ans. Cependant Constant d’Aubigné semble poursuivi par une mauvaise étoile et doit
rentrer en France dès 1647, avec son épouse et ses trois enfants. Il meurt le 31 août 1647 après avoir cherché refuge auprès de ses amis protestants.

Jeanne de Cardilhac, désormais seule, confie ses enfants à des parents proches. Françoise retourne chez sa tante protestante, Mme de Villette. Mme de Neuillant, parente de Mme Cardilhac, mécontente de la conversion de sa nièce au protestantisme, demande un ordre de la Reine-Mère, Anne d’Autriche, afin de prendre en charge l’éducation de Françoise qui se retrouve dans le couvent des Ursulines de Niort. Puis, en raison d’une forte résistance à la religion catholique, Françoise d’Aubigné est confiée aux religieuses Ursulines de la rue Saint-Jacques, à Paris qui obtiennent finalement son adhésion au catholicisme.

A l’âge de dix-sept ans, afin de préserver son honneur, elle doit choisir entre mariage et couvent. Françoise choisit le mariage avec Paul Scarron, pamphlétiste, poète, écrivain, hôte de salons littéraires très appréciés par la « société élégante » parisienne. Ce dernier décède huit ans plus tard. Nous sommes alors en 1660. Françoise d’Aubigné, connue sous le surnom de la « belle indienne » est devenue la veuve Scarron, une femme désargentée mais munie d’un
carnet de relations telles que Anne d’Autriche et Mme de Montespan, maitresse favorite du roi Louis XIV.

Arthur de Boislisle (1835-1908), historien, la décrit ainsi dans son livre Paul Scarron Et Françoise d’Aubigné: D’Après Des Documents Nouveaux (1894) :
« Veuve à vingt-cinq ans ; belle, spirituelle, vertueuse par vanité ; belle taille avec dignité, noblesse d’action, regards majestueux ; visage ovale d’un tour admirable, beau teint, grands yeux noirs vifs, nez aquilin, bouche grande, belles dents, lèvres vermeilles bien bordées, sourire charmant, mains et bras bien taillés, beau port, physionomie fine; conversation délicate, quelquefois badine; âme grande, esprit juste, cœur droit ; tendre, franche, bonne amie, magnanime ; toujours modeste, cachant avec soin une belle gorge. »

Dès lors, Mme Veuve Scarron gravit les échelons, devient gouvernante, en 1669, des enfants de Mme de Montespan, puis rivale de cette dernière en prenant la position de maîtresse du roi Louis XIV. Un chemin parcouru inattendu qui fera d’elle une femme autant crainte que haïe par l’entourage du Roi Soleil.

En 1674, Françoise d’Aubigné acquiert pour 240 000 livres, le château de Maintenon ainsi que le titre de marquise de Maintenon des mains de Charles François d’Angennes (1648-1691), marquis de Maintenon. Dans une parenthèse, on notera d’ailleurs les liens étroits de ce dernier avec la Martinique et les similarités de parcours avec Constant d’Aubigné. En premier lieu corsaire et négociant d’esclaves, il est nommé Gouverneur de Marie-Galante en 1679,
poste brigué par le père de Françoise d’Aubigné, mais qu’il ne tient que durant quelques mois. Ayant épousé Catherine Giraud, fille de Pierre Giraud du Poyet, un capitaine de milices, il préfère s’installer sur la plantation de la Montagne, à Saint Pierre, en Martinique dont son épouse possédait une petite partie et qu’il acquiert entièrement en 1679.

Après le décès de Marie Thérèse d’Autriche et le discrédit de Mme de Montespan dans l’affaire des poisons, Louis XIV et la marquise de Maintenon se marient dans la Chapelle du Château de Versailles, dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683. Un mariage des plus secrets qui lui vaudra le titre de « presque Reine », puisqu’elle n’en portera pas le titre et qui scellera l’influence austère de Mme de Maintenon sur son époux monarque, mais qui lui assurera les critiques et les haines les plus virulentes de son vivant et également de façon posthume.

Entre 1830 et 1850, les écrits de Saint-Simon et de Madame Palatine accusent Mme de Maintenon d’avoir soutenu la révocation de l’Édit de Nantes.

Pourtant, la famille d’Aubigné est huguenote et Mme de Maintenon, elle-même s’acharnera à la sauver des persécutions entreprises sur les protestants. D’autre part, la caisse de conversion qui distribue des récompenses et des faveurs pour ramener les protestants dans le « droit chemin » du catholicisme a été fondée en 1674, année où Mme de Maintenon est encore confrontée aux multiples maitresses de Louis XIV, sans oublier son épouse, Marie-Thérèse d’Autriche.

En septembre 1687, elle écrit : « Je suis indignée contre de pareilles conversions : l’état de ceux qui abjurent sans être véritablement catholiques est infâme. » Dans les Mémoires des Dames de Saint-Cyr, on trouve la déclaration suivante : « Mme de Maintenon, en désirant de tout son cœur la réunion des huguenots à l’Église, aurait voulu que ce fût plutôt par la voie de la persuasion et de la douceur que par la rigueur ; et elle nous a dit que le roi, qui avait beaucoup de zèle, aurait voulu la voir plus animée qu’elle ne lui paraissait, et lui disait, à cause de cela : « Je crains, madame, que le ménagement que vous voudriez que l’on eût pour les huguenots ne vienne de quelque reste de prévention pour votre ancienne religion. »

Dans une lettre adressée à Fénelon, elle signale sa crainte des médisances de ses ennemis : « Je gémis, des vexations qu’on fait ; mais, pour peu que j’ouvrisse la bouche pour m’en plaindre, mes ennemis m’accuseraient encore d’être protestante, et tout le bien que je pourrais faire serait anéanti. »

Quant au Code Noir effectivement promulgué en 1685, après la mort de Colbert, la rédaction finale s’est construite sur une vaste consultation préalable incluant le comte de Blénac, gouverneur des Antilles, et Jean-Baptiste Patoulet, intendant des îles, qui eux-mêmes se sont chargés de recueillir les avis des notables et des membres des «conseils souverains» de la Martinique, de la Guadeloupe et de Saint-Christophe.

Il est vrai que Mme de Maintenon a eu des esclavagistes parmi ses fréquentations, mais l’esclavage n’existait pas en France et tout esclave était supposé devenir libre dès qu’il touchait la terre française. Par ailleurs, Mme de Maintenon se rendait, au couvent de Moret, rendre visite à la Mauresse de Moret, Louise-Marie de Sainte-Thérèse, fille cachée supposée de Louis XIV, histoire que nous avons publiée précédemment :

https://construire-ensemble.org/index.php/2021/04/24/la-mauresse-de-moret/

et sujet sur lequel le philosophe Voltaire écrit l’anecdote suivante en parlant de Mme de Maintenon : « et voulant inspirer plus de modestie à cette religieuse, elle fit ce qu’elle put pour lui ôter l’idée qui nourrissait sa fierté. « Madame, lui dit cette personne, la peine que prend une dame de votre élévation, de venir exprès ici me dire que je ne suis pas fille du roi, me persuade que je le suis. » »
Ceci suggère une relation entre ces deux femmes bien loin des réalités de l’esclavage.

La marquise de Maintenon meurt le 15 avril 1519 dans la Maison Royale de Saint-Louis, à Saint Cyr.

Mais même après sa mort, on ne lui accorde le repos qu’en 1969 (voir la note en bas du texte).

Les paragraphes précédents, que ce soit sur la révocation de l’Edit de Nantes, le Code Noir et l’esclavage ne justifient en rien « la voix faible » de Mme de Maintenon au regard des décisions politiques de l’époque, mais considèrent la nécessité d’une relativisation des propos critiques en tenant compte du fait qu’elle était reine dans la sphère privée et à la Cour Royale, mais jamais au delà. La Marquise de Maintenon écrit elle-même à la princesse des Ursins : « Je ne me mêle pas d’ affaires, Madame ; je ne suis presque jamais entre le roi et ses ministres quand ils travaillent chez moi; croyez que je vous dis la vérité… »

Guillaume de Reynal

 

 

Note : (source inconnue) Madame de Maintenon est d’abord enterrée dans l’allée centrale de l’église de la Maison Royale de Saint-Louis. En 1794 — la Maison royale devenue un hôpital militaire — divers travaux sont effectués dans l’église désaffectée. Sur une dalle noire qui n’est plus celle placée lors de l’enterrement on lit cette phrase : « La tombe de Madame de Maintenon, favorite d’un Roi ». La dalle est brisée, le cercueil de chêne est abîmé et ouvert ; le corps parfaitement conservé est extirpé pour être exposé aux insultes de la foule. Un jeune officier réussit, au cours de la nuit à enterrer le corps dans un jardin. En 1805, le général Dutheil ordonne la destruction du tombeau de « la fanatique qui avait fait révoquer l’édit de Nantes »[10]. Les restes placés dans un « coffre d’emballage » sont oubliés dans le débarras de l’économat de Saint-Cyr. Durant les travaux de reconstruction après la seconde guerre mondiale, on découvre, dans les greniers de Saint-Cyr, une caisse marquée « ossements de Madame de Maintenon ». Les restes sont enterrés depuis le 15 avril 1969 devant l’autel de la chapelle restaurée du nouveau collège militaire de Saint-Cyr,

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