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Aimée du Buc de Rivery, dite Sultane-Validé Nakşidil, née le 4 décembre 1776, au Robert, en Martinique, est décédée le 22 août 1817 à Constantinople, Empire Ottoman. Son histoire si tragique et extraordinaire a donné lieu à de multiples romans et enquêtes contradictoires, durant le XIXe et début du XXe siècles. Elle est une descendante des Du Buc.

L’histoire de la famille  Du Buc, originaire de Trouville-La-Haute, entre Le Havre et Rouen, en Normandie, commence avec Pierre du Buc, enrôlé dès l’âge de 14 ans, dans le régiment du Grand-Maître de Malte. En 1637, de retour chez lui, après quelques batailles, il eut un différend et l’affront fut suivi d’un duel au cours duquel le chevalier de Piancourt fut tué. Cette victoire malheureuse aurait pu lui coûter une exécution sans procès et immédiate.

Pierre du Buc avait alors dix-huit ans. Il prit la décision de s’embarquer sur un vaisseau en partance pour les îles d’Amérique. De Saint-Christophe, il fut missionné par Pierre Belain, sieur d’Esnambuc (1585-1637), afin de conquérir les terres de la Martinique. Du Buc s’installa près de la Caravelle pour cultiver le tabac et le cacao.

C’est à son petit fils, Louis du Buc du Galion, que l’on doit la construction de « l’Habitation de la Caravelle », entre 1720 et 1725, qui deviendra plus tard après son agrandissement le château Dubuc (1735). La propriété est habitée par la famille pendant près de 70 ans. Une période trouble au cours de laquelle on soupçonne les maitres des lieux de s’être livrés à de la contrebande…

Un cyclone détruisit une grande partie de la propriété en 1766 avant que les Anglais ne la pille en février 1794. La famille Dubuc partit se réfugier à l’intérieur des terres, entre La Trinité et Le Robert, Le domaine fortement dégradé fut vendu en 1852.

La descendance de Pierre du Buc est nombreuse et comprend plusieurs branches : les du Buc Sainte-Preuve et du Buc Ferret à la Trinité, les du Buc Bellefonds au Gallion et les du Buc d’Enneville à Fort-de-France, du Buc Cacrel à Sainte-Lucie…

Henry Jacob du Buc de Rivery était également issu de cette famille créole, petit-fils de Pierre du Buc et fils de François-Henri du Buc de Rivery et de Marie Menant. Né au Robert en 1748, il avait épousé en 1773 une créole, Marie-Anne d’Arbousset-Beaufond, qui lui donna quatre filles et deux garçons entre 1774 et 1782. Parmi eux, Aimée Augustine Marie Joseph, était née le 4 décembre 1776.

Aimée, cousine lointaine de Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, fut envoyée à l’âge de neuf ans, en France, pour continuer son éducation à Nantes. Elle y débarqua le 18 juillet 1785.

En raison des troubles révolutionnaires, les parents d’Aimée prirent la décision de la rapatrier en Martinique. La jeune fille, âgée alors de treize ans et accompagnée de sa nourrice, embarque probablement au cours de l’année 1789.

Il semblerait que le bateau dût affronter une énorme tempête et fut sur le point de couler. Un navire espagnol sauva les passagers et devait les laisser à Majorque, mais ils furent attaqués entre le détroit de Gibraltar et les Baléares, par des pirates barbaresques sous les ordres, à cette époque du Bey d’Alger. Les rescapés furent emmenés comme esclaves dans les territoires ottomans d’Algérie. Aimée du Buc de Rivery se trouvait parmi eux. Les pirates s’adonnaient à la traite d’humains et les plus belles jeunes esclaves étaient offertes au Sultan de l’Empire Ottoman.

A partir de ce point précis, l’histoire donne lieu à plusieurs versions, probablement en raison de confusions entre Aimée du Buc de Rivery disparue vers 1789 et une autre esclave offerte au Sultan régnant Abdül-Hamid en 1784.

Le 20 juillet 1785, naît le fils de Abdul-Hamid portant le nom de Mahmut II ou Mahmoud Khan II. Le sultan régnant meurt en avril 1789, donc probablement quelques mois avant l’arrivée d’Aimée du Buc de Rivery au sérail.

L’une des versions affirme qu’Aimée est la mère de Mahmut II, tandis que l’autre version développée par Mme Martin du Theil dans son livre « Silhouettes et documents du XVIIIe siècle, Martinique, Périgord, Lyonnais, Ile de France », version apparemment privilégiée par les descendants de Pierre du Buc, affirme que l’enfant Mahmut II a été confié à Aimée du Buc de Rivery, devenue par conséquent une jeune mère adoptive.

Mahmut Khan II deviendra sultan le 28 juillet 1808 jusqu’à sa mort le 1er juillet 1839.

Son règne fut l’enjeu de nombreuses réformes, telles que la suppression du corps des Janissaires et la création d’une armée calquée sur le modèle européen. Il instaure la liberté de culte, impose le port du Fez à la place du turban. Il crée l’école impériale militaire de médecine, première école de médecine de l’Empire Ottoman et impose que l’enseignement soit pratiqué en langue française.

Aimée du Buc de Rivery devint « Sultane Validé », soit la Reine-Mère du Palais impérial devant laquelle devaient s’incliner toutes les autres sultanes. Elle fit preuve d’un pouvoir certain et d’une grande influence sur le Sultan Mahmut II. Celui-ci était appelé « Gavur Sultan », expression qui signifiait « sultan infidèle », en raison de l’éducation chrétienne que lui donnait sa mère adoptive française.

La Sultane-Validé Nakşidil décède au palais de Beşiktaş (Béchiktash), à Stamboul, le 22 août 1817. Un prêtre catholique, le Révérend Père Chrysostôme, Supérieur du couvent des Capucins de Constantinople, lui aurait donné les derniers sacrements, puis elle fut enterrée selon la tradition musulmane dans le jardin de la Mosquée Mehmet-Fatih-Djami.

Plusieurs éléments tendent à prouver que l’histoire de la Sultane-Validé est basée sur des faits réels.

  • Le « Journal des débats politiques et littéraires » du 13 octobre 1817 mentionne le décès de la Sultane-Validé, âgée de 50 ans environ.
  • Une gazette listée par la Bibliothèque Nationale de France, datée du 2 avril 1789, mentionne le décès d’une sultane française qui aurait été la mère biologique de Mahmut II.
  • J. Minassian, Une Sultane Française : Mlle Aimée du Buc de Rivery fut-elle la mère de Mahmoud II ? Cet article relate : « A cette date, et déjà dès 1807, les anglais avaient annoncé que la sultane Validé était une Française, créole Française de la Martinique (qui avait été enlevée par un corsaire barbaresque en 1784, durant un voyage de Nantes à la Martinique) : Mlle Aimée du Buc de Rivery ~ L’influence de cette femme très cultivée expliquerait en grande partie les tendances réformatrices de Mahmoud II. »
  • Un document de la Bibliothèque Nationale, le Bulletin de la Société académique du Centre : archéologie, littérature, science, histoire et beaux-arts (édition juillet 1905) liste divers articles dont :
    • 176 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DU CENTRE indiquant des notes confidentielles détenues par le Ministère des affaires étrangères concernant Aimée du Buc de Rivery.
    • MÉMORIAL DE LA COMMUNE ET PAROISSE DE CLÉMONT 177 précise le rôle diplomatique qu’aurait joué la Sultane-Validé entre la France et l’Empire Ottoman ainsi que son influence sur les réformes mis en œuvre par son fils et son petit-fils.
    • MÉMORIAL DE LA COMMUNE ET PAROISSE DE CLÉMONT 179 mentionne la visite du sultan Abd-ul-Azis, à Paris, en 1867, pendant une exposition. Cette anecdote recoupe celle mentionnée par Mme Martin du Theil, dans son livre « Silhouettes et documents du XVIIIe siècle », 62, chapitre « Une miniature révélatrice ». Le sultan recherche des informations sur son aïeule, la Sultane-Validé.

Généalogie d’Aimée du Buc de Rivery

Note sur le Château Dubuc : C’est en 1974 que le Parc Naturel Régional s’en porte acquéreur et entreprend un long travail de réhabilitation des espaces. Aujourd’hui le Château Dubuc qui abrite un petit musée retraçant la vie de ses propriétaires est le troisième site touristique le plus visité de l’île.

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3 comments on “Aimée du Buc De Rivery, la Sultane Créole

  1. Bonjour Guillaume,
    C'est avec plaisir que j'échangerai avec vous sur la famille du Buc de Martinique dont je descends et dont je possède un grand nombre d'archives normandes.
    J'ai coécrit avec mon cousin Yvan Brunet du Buc de Mannetot, "La saga des du Buc", 2 tomes de 800 pages chacun, reprenant l'histoire de la famille depuis l'an 1180 et comprenant des archives, tableaux, actes, lettres etc. Aujourd'hui ces livres sont épuisés.
    Je reste à votre disposition si vous souhaitez des renseignements en particulier.

  2. Bonjour, joli site, bien documenté.
    Petite correction ; Pierre du Buc alias du Buc-Richard est né le 13 juin 1940 au château de Trouville la Halle. Il est né chevalier, ses parents furent Jean VII François du Buc, chevalier, baron de Bretagnolles seigneur du Fontenil, décédé en 1666 et de Jeanne Lhuillier-Regnard. Pierre fuit en Martinique en 1657 suite au duel avec son cousin le chevalier Antoine de Biencourt qui eut lieu au manoir familial de Cricqueboeuf la Campagne (Eure).

    1. Bonjour Fabrice,
      Je vous remercie pour ces corrections qui permettront à notre contenu de s’affiner.
      Si vous avez des informations complémentaires ou des articles à nous soumettre, nous prendrons plaisir à les publier.

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