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Boisson de rustres, nectar d’esthètes :

Le long chemin du « brûle-ventre » au « rhum »

(XVIe-XVIIIe siècles)

De Jean-Louis Donnadieu

L’auteur nous raconte ce lien inextricable entre le rhum et les îles caribéennes. Un lien qui se définit par l’histoire des procédés de fabrication du rhum et de leurs valeurs économiques, mais aussi par l’évolution de sa perception sociologique, de son emprise culturelle, jusqu’à la fusion dans l’imaginaire d’un espace géographique et d’une boisson alcoolisée ayant acquis valeureusement ses titres de noblesse.

La canne à sucre, originaire de l’Asie, passe par le sud de la Chine, les Indes puis le Proche-Orient et le pourtour de la Méditerrannée, sans pour autant être transformé en alcool. C’est au XVe siècle que les Portugais puis les Espagnols acclimatent la canne à sucre à Madère, au Cap Vert et dans les Canaries avant de les transposer aux Amériques. Durant le XVe siècle, une fluctuation des termes désignant l’eau de vie issue de la canne à sucre indique une incertitude sur leur procédés de fabrication allant du mélange de mélasses et d’épices au jus de canne fermenté additionné « d’autres choses » comme des céréales.

Au milieu du XVII siècle apparaît, à la Barbade, le nom « rum », abbréviation de rumbullion, terme signifiant chambardement, ainsi que la désignation « tue-diable » ou « kill devil » devenu en français « guildive ». La consommation de ces boissons de moindre qualité est associée à la piraterie, aux gens de basses conditions sociales.

A partir du XVIIIe siècle, l’augmentation de la production sucrière s’accompagne d’une recherche qualitative ainsi que de la publication de traités sur la fabrication de sucre et la distillation.

L’auteur, Jean-Louis Donnadieu, nous invite à un détour sur d’autres régions en passant par l’Inde, la Chine, îles de France (Ile Maurice) et Bourbon (La Réunion). Dans ces deux dernières îles, les habitations-sucreries ne commencent à exister qu’à partir de 1785 et l’exportation du sucre ne se développe qu’à partir du XIXe siècle. Cependant une production privée d’alcool de canne à base de jus fermenté naît discrètement.

On découvre l’histoire de la « liqueur de Martinique » dont la formule à base de menthe a été inventée par Madeleine Achard et se commercialise avec succès sur « les bonnes tables » des Antilles et de la métropole.

La production de l’alcool évolue également selon les politiques restrictives liées soit à la crainte de troubles de l’ordre public, soit à la volonté de limiter ou d’interdire la concurrence avec les produits de métropole. Mais les interdictions font surgir commerces de contrebande et des modification des méthodes de distillation afin de suivre les « goûts anglais ». La guerre d’indépendance en Amérique du Nord influe sur la naissance de l’industrie rhumière à Saint-Domingue qui, en raison de la révolution haïtienne, garde juqu’à maintenant des méthodes de production artisanales.

Le commerce du tafia, son rôle, son mode de vente en clandestinité ou ouvertement, de consommation dans le cadre du marronnage ou encore de la volonté de contrôle des « trafics » de la part des esclaves, soldats et marins ou encore dans les cabarets, révèle et accompagne les relations complexes des différents groupes sociaux des îles caribéennes.

Parallèlement aux nouvelles méthodes de distillation, un nouveau mode de consommation prend son essor, celui des amateurs de rhum au goût anglais.

Dans sa conclusion, Jean-Louis Donnadieu semble regretter la disparition des petites unités de production de rhum au profit des grandes entreprises. Il rappelle l’existence de l’humain qui transcende l’eau de vie de canne à sucre et son évolution vers des offres touristiques et l’amélioration de sa qualité ; l’humain qui donne au rhum une valeur d’authenticité.

Références : Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe n° 188 janvier -avril 2021 – Article de Jean-Louis Donnadieu, Docteur en histoire et enseignant.

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