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L’actualité offre à notre association, un intérêt et des perspectives indéniables au même titre que la connaissance de notre histoire, de notre passé, car elle nous suggère et nous ouvre de potentiels chemins vers un avenir dont la concrétisation ne tient qu’à nos capacités inventives.

Les députés de l’assemblée nationale ont voté en 2e lecture, le 8 avril 2021, une loi visant à protéger et promouvoir les langues régionales. Une loi qui vient renforcer la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 ayant reconnu leur valeur : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ».

Actuellement, les expériences de fédéralisme et de régionalisme sont encore balbutiantes et pourrait-on affirmer contradictoires à l’essence de la construction européenne visant à renforcer des pouvoirs économiques face aux blocs sino-russes et américains.

Le concept de fédéralisme, consistant en une délégation vers le haut, à une entité fédératrice, est relativement étranger aux pratiques politico-juridiques en France, alors qu’il a pourtant été créé par des penseurs français tels que Montesquieu, Alexis de Tocqueville et Pierre-Joseph Proudhon. Le régionalisme quant à lui est timidement appliqué. Or, le contexte sanitaire actuel prouve que le découpage régional permet une réactivité ainsi qu’une souplesse adaptée et fine des politiques alternatives de restrictions et de déconfinement.

Notre Président de la République, Emmanuel Macron, n’est d’ailleurs pas opposé à un nouveau « pacte girondin » avec les régions en permettant un droit à la différenciation.

La régionalisation qui est une délégation vers le bas, à partir d’un Etat concentrant les pouvoirs, correspond à une logique d’intégration respectant des différences traditionnelles tout en rassemblant l’ensemble des citoyens dans des structures légales partagées.

Notre écrivain martiniquais, Edouard Glissant avait déjà, dès les années 90, évoqué une nécessité d’approche économique adaptée aux particularités régionales et plus particulièrement antillaises, en soulignant qu’une «vigilance toute particulière devant le devenir de sociétés livrées aux effets dévastateurs de la mondialisation, ou à la montée des enfermements identitaires» devenait un impératif sociétal.

On peut également rappeler le manifeste intitulé «Manifeste pour un projet global – Manifeste pour refonder les DOM» publié pour la première fois dans Antilla, N° 867, daté du 14 janvier 2000 et republié dans Le Monde, le 21 janvier 2000, co-signé par Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Bertène Juminer et Gérard Delver. Il s’agit d’une publication dont le contenu nous ramène à une actualité troublée par les revendications identitaires et auxquelles seules des politiques proches du citoyen permettront d’aboutir à des solutions efficaces et dont voici des extraits :

«Ce n’est pas la dépendance en soi qui entrave le plus l’esprit de liberté. Et par ailleurs, qui pourrait en ce monde d’aujourd’hui échapper aux dépendances et aux interdépendances ? Non, la dépendance mortifère c’est celle qui n’engendre aucun espace d’auto-organisation. L’auto-organisation est le propre de l’organisme vivant. La décentralisation, avancée ou pas, ne détermine aucun possible d’auto-organisation. La décentralisation ne saurait supporter l’apparition d’un organisme nouveau. Il en est de même pour l’autonomie qui ne connaît que l’horizon de son statut et la focalisation d’un centre qui l’autorise. Décentralisation ou autonomie seraient des tissus inertes si elles ne se dépassaient pas en projet.»

«Seuls les espaces de souveraineté, rendus nécessaires par un projet global, peuvent supporter le nouveau, l’inattendu, la combinaison imprévisible, l’organisme vivant qui évolue et qui s’équipe. Seul l’espace de souveraineté permet l’auto-organisation, qui ne se ramène pas à une élémentaire autogestion.
Nous désirons – en partenariat avec la France, en fraternité aussi, avec affection toujours – que s’ouvrent les possibilités concrètes du choix, du contact créateur, de l’alternative féconde, de la nécessité d’aller et d’inventer – toutes choses qui dans leur mouvement suscitent la liberté de l’esprit.»

«Nous réaffirmons que le statut de ce statut, ou de cette orientation, ne peut être que celui de créer les conditions d’émergence de ce projet global que nous ambitionnons, et qui à son tour, introduira de manière déterminante dans l’écosystème de la dépendance et de l’assistanat, les distorsions fécondes et les ruptures fondatrices que permet l’auto-organisation.»

De ces écrits, de ces nécessités d’émergence de nouvelles redistributions des pouvoirs, force est de constater que les clivages politiques droite / gauche, de notre monde moderne, ont tendance à devenir flous et même à s’annuler devant un impératif de réorganisation économique face à une mondialisation féroce contre laquelle même de grandes nations ont peine à résister.

Guillaume de Reynal
«Construire notre vivre-ensemble»

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