Facebooktwitterpinterestlinkedinyoutubeinstagram

Pierre Belain, sieur d’Esnambuc (1585-1637), flibustier normand, prit possession de la Martinique en septembre 1635. Il y aborda avec une centaine d’hommes, et descendit avec eux vers la côte occidentale de l’île, au Carbet, à deux kilomètres environ de l’endroit où allait être construite la ville de Saint-Pierre. Il installe ainsi la première colonie dans l’île, pour le compte de la couronne de France et de la Compagnie des îles d’Amérique.

S’adressant au Cardinal Richelieu, il écrit :
« Monseigneur,[…]
Celle-ci (cette lettre) sera pour vous donner avis, Monseigneur, que j’ai habité l’île de la Martinique le premier jour de septembre mille six cent trente cinq, où j’ai planté la croix, et fait arborer le pavillon de France et vos armes, sous votre bon plaisir. J’y ai fait un fort, dont je vous envoie un petit plan qu’il vous plaira d’excuser s’il n’est tracé comme je désire, n’ayant en ces lieux gens assez experts pour y servir Votre Éminence. Il vous plaira voir la possession que j’ai prise, ensemble la commission que j’y ai laissée en attendant vos ordres, Monseigneur.[…] »
Il est raconté que les indiens Caraibes, habitants de l’île, se seraient jetés d’une falaise pour échapper aux conquérants. Or, les technologies génétiques semblent démontrer qu’ils ont fui vers d’autres îles ou qu’ils se sont fondus aux nouvelles vagues de populations s’installant en Martinique.

Durant les premières décennies de l’implantation française, l’île est productrice de denrées coloniales fournissant de forts profits tabac, roucou, indigo, cacao.

Ultérieurement à la crise du tabac, la ville se développe grâce à l’industrie sucrière et au commerce des esclaves.

La ville de Saint-Pierre du XVIIIe siècle était dotée d’infrastructures lui permettant de rivaliser avec celles des villes françaises. Appelée le Petit Paris, le Paris des Isles, la Perle des Antilles ou même la Venise tropicale, elle s’impose comme le centre économique et culturel de la Martinique.

Abel Hugo décrit ainsi la ville de Saint-Pierre – La France pittoresque Vol. 3, 1835 :
« Cette ville forme deux paroisses distinctes, celle du Mouillage et celle du Fort. (…) Par sa position et son commerce, c’est la ville la plus importante des Antilles françaises : elle possède plus de 1800 maisons, formant environ 8 000 feux sans y comprendre la banlieue qui fait partie des deux paroisses. Ses rues nombreuses sont toutes pavées : des ruisseaux d’eau vive et abondante y entretiennent la fraîcheur et contribuent à la salubrité de l’air.
Les maisons sont bien bâties et possèdent des fontaines alimentées, comme les fontaines publiques, par la rivière du Fort qui partage la ville en deux parties distinctes, dont l’une conserve le nom de Saint-Pierre, et l’autre prend le nom de paroisse du Fort.
Le Mouillage, partie nord de Saint-Pierre, renferme 9 400 habitants. On y compte plus de 760 maisons, sans compter celles de la campagne. L’église est d’une belle construction. Ce quartier, particulièrement affecté au commerce, possède peu de monuments publics. On y remarque le ci-devant collège royal, dit des pères blancs, un couvent de dames, une maison d’éducation pour les jeunes filles et un hospice de charité et l’hôpital maritime. On y trouve d’assez jolies promenades, un marché et des bains publics. Plusieurs sucreries, un très grand nombre de maisons de plaisance et d’habitations à vivres, font partie de cette paroisse.
La paroisse du Fort, située loin du commerce, est habitée par les personnes que leurs affaires n’appellent pas à commercer au Mouillage : sa population est de 13 600 hab. On y remarque, parmi les édifices publics, l’hôtel des douanes, le trésor, la salle de spectacle, l’hôtel du gouvernement, les greffes, les casernes, les prisons, le tribunal de première instance, un couvent des ursulines et la promenade dite le cours de Laustat, près de laquelle se trouve le jardin des plantes, établi en 1803, dans le but de naturaliser, à la Martinique, les plantes des Indes orientales. Une partie de ce jardin est consacrée à la culture des plantes médicinales, pour les pauvres. L’église du Fort, placée dans un lieu élevé, est bien bâtie ; le presbytère est vaste et se trouve au milieu de l’allée de Perinelle, qui conduit à la belle sucrerie de ce nom. Il y a, comme à la paroisse du Mouillage, un curé et deux vicaires. Depuis 1819, il existe une glacière à Saint-Pierre. »

En 1900, Saint-Pierre est une ville dont la modernité est remarquable : un réseau d’éclairage urbain électrique, un théâtre de 800 places, une chambre de commerce, un jardin botanique renommé et riches en plantes rares, un port accueillant des navires du monde entier.

Mais en 1902, en quelques minutes, cette ville paradisiaque se transforme en ville de l’enfer dont il ne reste plus que ruines et cendres… Ignorance, inconscience, décisions politiques inappropriées aboutissent à la disparition de près d’un cinquième de la population martiniquaise.

Guillaume de Reynal
«Construire notre vivre-ensemble»

 

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.