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La mûlatresse Solitude naît en 1772, sur un navire qui emmène sa mère, Bayangumay, alors captive, vers l’île de la Guadeloupe. Elle porte le prénom de Rosalie. Esclave métissée, elle travaille comme domestique sur l’habitation du Chevalier Dangeau.

Dès 1790 et entraînée dans le sillage de la révolution française de 1789, la Guadeloupe est secouée par des émeutes. Elle se trouve continuellement sous domination française, alors que la Martinique est occupée par les Anglais entre 1794 et 1802.

Louis XVI est guillotiné en janvier 1793.
Victor Hugues est nommé Commissaire de la République à la Guadeloupe par la Convention nationale en 1794 et est chargé de l’application du décret du 4 février 1794 qui prononce l’abolition de l’esclavage dans tous les territoires français.
« Un gouvernement républicain ne supporte ni chaîne, ni esclavage ; aussi la Convention Nationale vient-elle de décréter solennellement la liberté des Nègres… » – Victor Hugues.

Victor Hugues enrôle 3000 esclaves récemment affranchis et plusieurs centaines de libres de couleur afin de compléter son armée. D’autres nouveaux libres préfèrent s’enfuir et se réfugier dans les mornes boisés. Rosalie rejoint cette communauté de «marrons» et prend le nom de Solitude.

Le 4 mai 1802, le Général Richepance débarque à Pointe-à-Pitre avec 4000 hommes pour rétablir l’esclavage selon les ordres de Napoléon Bonaparte.

Le guadeloupéen Joseph Ignace (1769-1802) et le martiniquais Louis Delgrès (1766-1802), officiers de l’armée de la Convention Républicaine, organisent la résistance. Des femmes s’engagent également dans la rébellion armée et Solitude les rejoint pour transporter les armes et soigner les blessés. Elle est alors enceinte de son compagnon qui fait partie du groupe d’insurgés.

Après 18 jours de violents combats, Louis Delgrès refusant de se rendre fait exploser la demeure où lui et ses troupes se sont retranchés. Solitude est l’une des rares survivantes. Elle est arrêtée et emprisonnée. Le 28 novembre 1802, elle donne naissance à un garçon.
Au lendemain de son accouchement, il est dit qu’elle est suppliciée. Différentes versions de l’histoire de Solitude racontent qu’elle est exécutée par pendaison, mais les registres d’Etat Civil semblent contredire cette affirmation. Un extrait des nouveaux libres du Grand Bourg identifie une certaine Toto Solitude âgée de 80 ans à la date de nomination de janvier 1860. Toto était le surnom de Marthe-Rose, compagne de Louis Delgrès.

André Schwartz Bart, auteur de «Le dernier des Justes» (prix Goncourt, 1959) est celui qui retrace et romance l’histoire de Solitude, dans un livre intitulé «La mûlatresse Solitude» paru en 1972.

Le roman fut mal accueilli. André Swartz Bart fut accusé (déjà à l’époque) de non légitimité par rapport à l’histoire antillaise, parce que auteur blanc, d’origine polonaise. On prétendit qu’il avait en quelque sorte «volé» le roman de son épouse, Simone Schwartz Bart. Léopold Sédar Senghor fut son seul défenseur. Choqué, humilié par ces accusations, André Schwartz Bart arrêta toute publication.
«Lorsqu’on est précurseur, on le paie cher. Les Antillais ne voulaient pas alors de leur histoire.» – Simone Schwartz Bart.

Sommes nous prêts maintenant à connaître et comprendre notre histoire ?

Sommes nous prêts à nous débarrasser de nos préjugés ?

L’histoire du couple Schwartz Bart couplée à celle de la mûlatresse Solitude retentit étrangement dans notre actualité bousculée par certaines formes d’intolérances inversées.

Notre association Construire notre vivre-ensemble se propose justement de combattre ces intolérances, ce racisme d’où qu’ils viennent.

Guillaume de Reynal
« Construire notre vivre-ensemble »

 

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