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On ne peut aborder la vie de Joséphine de Beauharnais sans questionner son degré de responsabilité dans le rétablissement de l’esclavage aux Antilles.

Quelques mots murmurés à l’oreille de son ambitieux et intrépide époux, Napoléon Bonaparte, auraient-ils pu modifier le cours de l’histoire des Caraibes et particulièrement des îles sœurs, la Martinique et la Guadeloupe ? Certains historiens doutent de son ascendant politique sur Bonaparte. Méritait-elle une décapitation symbolique et posthume alors qu’elle avait déjà échappé à celle qu’elle a failli subir de son vivant ?

Quelques faits ainsi qu’un certain contexte historique permettent une analyse dépassionnée et nous ferons appel, non à la mauvaise rhétorique relative à la capacité de persuasion, mais à la bonne rhétorique privilégiée par Platon, celle qui recherche la vérité dans une histoire humaine.

Selon la vision que nous offrent l’histoire et les archives, ni sa personnalité, ni ses écrits, ni le contexte économique de son époque ne permettent de déceler une quelconque volonté d’intervention politique dans les décisions de ses contemporains. Ses seuls actes ne semblent concerner que sa protection et celle de ses proches.

Nous lui concéderons une personnalité très affirmée, une capacité à déjouer les situations les plus problématiques et à manipuler habilement un réseau d’amis et d’admirateurs avec plus ou moins de succès, mais elle ne détenait pas la puissance guerrière ni d’une Aliénor d’Aquitaine, ni d’une Jeanne d’Arc ou encore d’une Elizabeth I d’Angleterre… Joséphine vivait et assumait sa condition féminine dans les limites restreintes que lui accordait l’environnement social de l’époque, faisant simplement son chemin à travers des évènements souvent tragiques et violents. Une femme d’ailleurs qui subit l’humiliation de la répudiation pour la seule raison de ne pouvoir donner un héritier à l’Empereur.

Durant le régime de la terreur, instauré par Robespierre, Joséphine est emprisonnée le 19 avril 1794, peu de temps après son premier époux, Alexandre de Beauharnais. Ce dernier est exécuté le 23 juillet. Joséphine apprend par son geôlier qu’elle sera également exécutée le jour suivant.

Georges Sainte-Croix de la Roncière (1872-1946), journaliste et historien, dans son ouvrage intitulé Joséphine, Impératrice des Français, Reine d’Italie (p. 257 – Gallica.bnf.fr), retranscrit ce qui devait être sa dernière lettre à ses enfants :
«La première époque de ma vie, passée à la Martinique, m’offrait le spectacle singulier de l’esclavage, qui ne devint si affreux que par celui du despotisme qui le domine. Représentez-vous sept à huit cents misérables, auxquels la nature donna un ton d’ébène, et de la laine pour cheveux, et que la cupidité, devenue féroce par les dangers qu’elle court à se satisfaire, arrache à leur patrie, pour les transplanter sur un sol étranger. […] C’est pour enrichir des maîtres barbares que ces infortunés furent retranchés de la loi commune du genre humain. […] Cependant les tyrans, dont ils sont les esclaves, ou pour mieux dire les bêtes de somme, se gorgent de richesses, s’enivrent de jouissances, sont rassasiés de plaisirs.»

Joséphine sera libérée après le décès par décapitation de Robespierre.

Il serait permis de douter du contenu de cette lettre. Nous vous laissons en juger.

La France, à cette époque, se caractérise par une dépendance économique profondément structurelle à son empire colonial.

En octobre 1799, lorsque Bonaparte revient d’Egypte, la situation économique et politique de la France est catastrophique. Il trouve alors l’opportunité de réaliser ses ambitions d’établir une monarchie à vie sous couvert de consulat grâce au coup d’état du 17 novembre 1799.

Une fois nommé Premier Consul, Bonaparte prend des mesures pour un nouvel ordre administratif et financier. Or, l’empire colonial français en Amérique constitue un atout économique primordial, l’île de Saint-Domingue représentant à elle seule plus de la moitié de la production mondiale de sucre. Bonaparte envisage alors la reconquête de cet empire qui échappe à la France. En effet, en 1801, Toussaint Louverture se proclame gouverneur à vie de Saint-Domingue. Et la Guadeloupe est secouée par des émeutes menées par les officiers de la Convention républicaine. Saint-Domingue perdue, Bonaparte envoie massivement ses troupes armées pour rétablir l’esclavage en Guadeloupe et en proclamer la continuation en Martinique. Dans le même temps, un accord de rétrocession de la Louisiane à la France est conclu avec l’Espagne.

Napoléon Bonaparte paraît être le seul à décider la reconquête des îles caribéennes, obéissant à ses choix économiques et coloniaux.

Joséphine de Beauharnais est un personnage qui nous fascine par son charme, la nonchalance qu’on lui devine, son appartenance à notre terre et à notre histoire martiniquaise et ce destin hors du commun qu’elle traverse sans en maîtriser le cours.

La question reste donc posée. Que nous apporte la décapitation ou le déboulonnage des statues, alors que les facettes des individus qu’elles représentent nous révèlent des failles, des souffrances, des incohérences qui nous ressemblent en tant qu’humain dans un monde qui souvent nous dépasse ?

Guillaume de Reynal
«Construire notre vivre-ensemble»

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