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Pierre Edouard Leopold Verger (1902-1996) -Fatumbi- était un ethnologue photographe autodidacte, Ses recherches furent principalement orientées sur la religion du peuple yoruba et de ses descendants en Afrique et au Brésil, l’étude des conséquences sociales, économiques et politiques de la traite négrière au Brésil.


Ses travaux révèlent et mettent en valeur la correspondance entre les rois du Dahomey et du Portugal. Ces documents se trouvent dans les Archives historiques d’Outre-mer, à Lisbonne, ainsi que dans les Archives publiques de l’État de Bahia, à Salvador, et à la Bibliothèque nationale à Rio de Janeiro. Ils font également référence à la collection africaine du Musée national de Rio de Janeiro, au Brésil, composée d’un ensemble de cadeaux envoyés en 1810 par le roi Adandozan du Dahomey au prince régent portugais Jean, alors installé au Brésil.

Ce qui nous intéresse au plus haut point dans les travaux de Pierre Verger, ce sont les relations diplomatiques qui semblent presque amicales entre le Dahomey et le Portugal et qui n’ont d’autre objet que de maintenir la traite atlantique des esclaves alors que dans le même temps le Portugal et l’Angleterre signent des traités destinés à mettre fin à la traite atlantique des esclaves.

Dans sa lettre de 1810, le roi du Dahomey, Adandozan, demande des explications sur le changement d’attitude de son « frère », le roi du Portugal Jean, par rapport aux trois missions précédentes (en 1750, 1795 et 1805) et dont voici un extrait :
« Je remets quatre jeunes négresses et deux jeunes nègres, qui en tout font six ; car ces six personnes, que j’envoie à mon Frère, c’est pour qu’ils donnent eux-mêmes, en personne, des nouvelles à V. Altesse des guerres que je vous ai contées ; car un Frère ne peut dire des mensonges à un autre. Après avoir raconté tout ce que j’ai dit plus haut sur les guerres. Les femelles pour épousseter votre chambre, et les mâles pour nettoyer vos chaussures ; donc je les envoie petits, pour qu’ils grandissent et se multiplient avec l’âge, et je n’envoie pas des hommes et des femmes déjà grands car ils ne s’adaptent pas, et meurent. »

Les six esclaves dont parle Adedozan sont ses prisonniers de guerre envoyés au roi du Portugal afin de démontrer son pouvoir sur le territoire du royaume du Dahomey.
Cette même lettre mentionne également des trophées de guerre :« Je remets aussi un drapeau des guerres que j’ai menées, des personnes que j’ai capturées, et les têtes que j’ai coupées ; d’ailleurs, pour que mon Frère le voie, et le dresse devant lui lorsqu’il sort se promener ; car ce sont les têtes des Combattants […]»

Si on nourrissait encore quelques illusions sur l’histoire de la traite des êtres humains, crime contre l’humanité, on voit ci-dessus que celle-ci faisait l’objet de relations diplomatiques très élaborées au profit, à la fois des monarques africains et européens. Ces travaux confirment nos écrits précédents concernant une responsabilité partagée de la traite tout au long des siècles entre les différents continents.

La connaissance de notre passé dépouillé des mensonges et des mythes nous permet de construire notre avenir. Il s’agit d’une mission dans laquelle s’est engagée notre association «Construire notre vivre-ensemble».
(Photo : Pierre Verger)

Guillaume de Reynal
«Construire notre vivre-ensemble»

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