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«Que celui d’entre vous qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre» – Bible, Jean, chapitre 8, verset 7. Ainsi devrait-on commencer la biographie de Cyrille Bissette (1795-1858) tant son rôle dans la rébellion de 1822 a largement occulté son engagement en tant qu’abolitionniste.

Cyrille Charles Auguste Bissette né à Fort Royal, était le fils de Charles Borromée Bissette, un mulâtre originaire du Marin et d’une métisse libre Élizabeth Mélanie Bellaine, fille reconnue de Joseph Gaspard Tascher de la Pagerie, le père de Joséphine de Beauharnais, future impératrice et première épouse de Napoléon.

Cyrille Bissette fut-il un opportuniste ou un abolitionniste sincère ?

Certaines biographies affirment qu’il s’est opposé aux lois Mackau des 18 et 19 juillet 1845, lois «destinées à favoriser de meilleures conditions de vie ainsi que l’instruction, l’émancipation et même la libération des esclaves.»

Bien au contraire les lois Mackau visaient à ralentir l’émancipation pour des raisons économiques et sociales.

Que dit cette loi dans son article 5 ?
«Les personnes non libres pourront racheter leur liberté, ou la liberté de leurs pères ou mères ou autres ascendants, de leurs femmes et de leurs enfants et descendants légitimes ou naturels, sous les conditions suivantes :
Si le prix du rachat n’est pas convenu amiablement entre le maître et l’esclave, il sera fixé, pour chaque cas, par une commission. . .
Toutefois, l’esclave affranchi par voie de rachat ou autrement sera tenu, pendant cinq années, de justifier d’un engagement de travail avec une personne de condition libre. Cet engagement devra être contracté avec un propriétaire rural, si l’affranchi avant d’acquérir la liberté, était attaché comme ouvrier ou laboureur à une exploitation rurale. . .»

Pour Cyrille Bissette, il n’était pas question d’une libération conditionnée à un rachat ou à un engagement de travail, mais d’une libération totale et immédiate.

En janvier 1836, il écrit : «Nous n’avons jamais pu concevoir un état intermédiaire entre la liberté et l’esclavage ; l’esclavage une fois aboli, doit mourir tout entier.»

Mais revenons à la révolte des esclaves du samedi 12 octobre 1822. Il s’agissait pour les insurgés de massacrer les colons et d’incendier la capitale.

Nombre de libres de couleur, noirs, mulâtres, métis étaient eux-mêmes «propriétaires d’esclaves». Ils ont dû se sentir visés par cette affaire et chercher à se préserver ainsi que leur famille de ces évènements.

Nous avons, dans notre grande majorité, au moins un ascendant blanc ou libre de couleur, propriétaire d’esclaves. Cyrille Bissette en faisait partie. Ceci est posé pour notre réflexion. Par ailleurs Bissette a reconnu son erreur : « Ce fut un tort grave de la part des hommes de couleur et de M. Bissette lui-même que d’être intervenus dans cette insurrection des esclaves pour la comprimer.»

Il paie ensuite cher son engagement pour «l’égalité des noirs et des blancs». Il est marqué au fer rouge, passe deux ans dans les prisons de Brest et échappe de justesse au bagne. Exilé dans l’Hexagone pour une période de dix années, Bissette ne cesse de se battre pour l’abolition alors que Schoelcher défend une émancipation progressive.

En 1834, Cyrille fonde une » société des hommes de couleur ». En juillet de cette même année, il crée la Revue des Colonies.
La Revue émet en juillet 1835, un projet de loi sur l’abolition immédiate de l’esclavage,. Art. 1 Les habitants des colonies doivent être déclarés « libres et égaux en droits sans distinction de couleur ». Art. 2 Ils jouiront de tous les « droits de famille, civils et politiques, au même titre que les autres citoyens français ». Art. 4 Des « écoles gratuites et obligatoires pour l’instruction civile et religieuse des cultivateurs seraient ouvertes dans toutes les communes des différentes colonies françaises ». Art. 5 Un « code de culture réglerait tout ce qui regarde les détails et l’exécution de la présente loi ».
Cependant, Bissette est exclu de la Société française pour l’abolition de l’esclavage et de la commission chargée d’élaborer le projet de décret d’abolition du 27 avril 1848 et sera presqu’oublié de l’Histoire.

Guillaume de Reynal
«Construire notre vivre-ensemble»

 

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